De la réalité du placard.

Cela fait maintenant quelques années que j’essaye d’écrire cet article. Trois ans exactement. Sans doute le temps qu’il m’a fallu pour digérer cette violence qui m’a rongé le cœur. Je ne sais pas par où commencer et je ne saurais sûrement pas écrire une conclusion digne de ce nom, mais il faut que j’en parle. C’est un peu de ma vie que je vais raconter là, mais le privé est politique, n’est-ce pas?

Il faut que je parle de cet endroit que les hétéros ne connaîtront jamais. Il faut que je parle du placard.

L’excellent «Homographies» de Ricardo Lllamas et Francisco Javier Vidarte (disponible ici ) résume le placard à ceci:

«Le placard est à proprement parler une stratégie, une institution de répression, de persécution, de contrôle, d’invisibilité et d’injonction au silence; il est pensé pour nous effacer de la société en nous privant de la parole et de l’accès à la vie publique. Nous sommes là, ils n’y peuvent rien; mais quand ils parviennent à caser le plus grand nombre d’entre nous dans le placard, ils ont au moins la garantie que nous ne ferons pas de bruit, que nous serons invisibles et qu’au bout du compte, ce sera comme si l’homosexualité n’existait pas, ou comme si elle était marginale, méprisable, indigne de la plus petite considération.».

Je pourrais aussi vous renvoyer à l’article de Janis Bing : « On a tous grandi à Hétéroland ».

Personnellement, je n’ai pas vraiment vécu le placard. Je me suis assumé très tôt, vers l’âge de 15 ans. Et j’ai toujours eu cette aisance, déconcertante pour des hétéros, de parler de mes aventures avec des femmes. J’ai toujours vu ça comme un excellent moyen de faire le tri dans mes relations.

Puis j’ai rencontré cette meuf. S’en est suivi un an de larmes et de disputes. Un an à être reléguée à une parenthèse.

Le placard, ça se résumait à ne pas se montrer dans l’espace public (voir privé) en tant que couple.
Ne pas se donner la main dans l’obscurité d’un cinéma. Le placard, c’est être l’amante qui devient la vague cousine d’une copine de fac devant ses amiEs. Le placard, c’est attendre des déclarations d’amour qui ne viendront jamais. Le placard, c’est l’entendre dire qu’elle est hétéro après que vous ayez passé votre week-end à baiser.

Le plus difficile quand tu es out et pas la personne qui partage ta vie, c’est de ne pas avoir le droit de lui en vouloir.
Tu ne peux pas la forcer à sortir de là. Tu as conscience qu’à l’extérieur des quatre murs de ta chambre, ce monde peut être dangereux.
Tu ne peux pas mentir en lui disant que c’est fabuleux de gambader follement à Hétéroland.  Simplement car tu les connais ces personnes qui ont été viréEs de chez elles, reniéEs par leur « famille » et « amiEs ». Tu connais la détresse, tu as vu la violence, tu as subis les « sale gouine » dans la rue et les regards inquisiteurs.

Comment lui en vouloir ? Comment lui demander d’en sortir ? D’être courageuse?
Tu ne peux pas et il est là, le poison. Tu ressens la honte. Tu subis l’homophobie intériorisée, la sensation d’être nié dans ta propre existence, sans avoir ton mot à dire. Moi, je suis devenu amer et j’ai été blessée dans mon amour.

J’en voudrais toujours à Hétéroland de m’avoir brisé comme il l’a fait.

A vrai dire, j’irais plus loin que « Homographies », car pour moi, le placard est une arme de destruction massive. Une arme qui n’a pas fait que détruire ma relation, ma confiance en moi, mon droit au bonheur. Elle pousse aussi des jeunes queers à se trancher les veines.

Aujourd’hui, j’en ai encore des séquelles et je me suis radicalisée. Mais comment ne pas devenir radicale quand une norme toxique t’empêche de t’épanouir dans tes relations amoureuses et sexuelles ?

Comment ne pas être colère quand ce placard veut juste que tu crèves?


Because I’m queer. I’m gay. I’m homosexual. I’m a poof, I’m a poofter, I’m a ponce. I’m a bumboy, baddieboy, backside artist, bugger. I’m bent. I am that arsebandit. I lift those shirts. I’m a faggot-ass, fudge-packing, shit-stabbing uphill gardener. I dine at the downstairs restaurant, I dance at the other end of the ballroom. I’m Moses and the parting of the red cheeks. I fuck and I am fucked. I suck and I am sucked. I rim them and wank them, and every single man’s had the fucking time of his life. And I am not a pervert.

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« En sortir » par Scolastik

La peur te prend parfois quand tu marches dans la rue. Sortie de nulle part, tu ne l’as pas entendu venir, comme tu ne la verras sans doute pas partir. Juste, elle est là, et toi tu ne peux que composer autour. Quelque fois c’est juste ce sentiment diffus. Simplement tu la sens, tu ne peux pas dire pourquoi, ni comment. Tu transpires, tes poings sont serrés. Ton cerveau est maintenant activement occupé à t’empêcher de tomber plus bas. « Tu ne crains rien, tu es dans un endroit connu, les gens ont l’air sympathiques, tu ne crains rien, on est en plein jour, pense à ta soirée d’hier, tu es dans ton quartier, cette personne est en train de te sourire. » Souvent tu arrives à te calmer, parfois au prix de ton humeur, tu te mets en colère, contre toi même, ou contre un passant, contre la vitrine dégueulasse d’un magasin, ou le gros titre d’un journal quelconque ou tu pleures silencieusement, pendant des heures. Mais tu n’as plus peur. L’impression tenace de ta disparition toute proche s’est un peu atténuée. Tu souffles.

Quelque fois c’est une attaque si brusque et si soudaine que sa violence te laisse sur le carreau. En quelques secondes tu te retrouves hors-jeu. Tu vois, tu entends ce qui se passe autour de toi, mais tu n’es plus là.Ton cœur va trop vite, tu ne penses plus, tu es juste cette boule de peur qui tourne sur elle même. Tu ne comprends même plus de quoi tu as peur. Tu ne sais plus où tu te trouves ni pourquoi, tu ne sais même plus avec qui tu étais. Tu es ta peur. Indistinctement, sans limite. Les bribes des exercices de relaxation de ton médecin te passe devant les yeux, tu la vois ouvrir la bouche, tu entends « à l’envers. » Et puis tu es dans une rue sombre, tu es dans un autre cabinet médical aux néons faiblards, tu es dans un bar, tu es sur une place, une manif hurlant la haine en face de toi, tu es dans une salle de cours. Les visages se succèdent tu ne peux en retenir aucun. Tu entends tes pleurs, tu ne sais plus que ce sont les tiens. Tu veux seulement que cela s’arrête, tout pour que cela cesse.

Tu penses à tes lames de rasoir. Tu sais qu’elles sont à la poubelle, depuis longtemps, elles ont pourri, fini, décrépi. Un couteau, des ciseaux, une bougie, peu importe, juste avoir assez mal pour revenir maintenant. Manger, trouver une caisse de nourriture, tout avaler, sans mâcher, sans regarder. Te remplir pour te garder ici. Tu ne l’as pas fait depuis longtemps. Tu as arrêté.

Tu es la peur.

Mais tu finis par respirer, tu ne sais pas comment, tu ne sais plus comment, mais tu reviens à toi, petit à petit, l’instant est l’instant, le lieu est ici.

Tu sors moins.

Tu enfermes la peur dans ta chambre, tu fais de ton lit son berceau. Tu gardes les suées de tes cauchemars réguliers. Tu tapes la tête contre les murs. Tu poses mais tu ne sais pas attaquer. Tu attends qu’on te dise comment disparaître.

De l’utilité d’un pisse-debout. [DIY]

La rue est le fief des mâles. C’est pas moi qui le dit, c’est le Monde: http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/10/04/la-rue-fief-des-males_1770418_3246.html

Si les meufs doivent subir à longueur de temps le harcèlement dans l’espace public, il y a aussi une autre pression qu’elles doivent subir: la tyrannie des toilettes.

Je fais partie de ces personnes qui détestent aller pisser dans les lieux publics. Je suis capable d’attendre des heures pour pouvoir uriner tranquille chez moi. Déjà parce que je suis hypocondriaque et enfin parce que les chiottes publics sont la plupart du temps dégueulasses.
C’est aussi pourquoi je suis le genre à raquer un café (enfin une menthe à l’eau) dans un bar pour pouvoir utiliser des toilettes, que j’espère un minimum entretenu.

J’admire sincèrement les meufs qui arrivent à pisser entre deux voitures sans s’en mettre une goutte sur les godasses. Mais je ne vois pas pourquoi moi, je devrais faire un km pour pisser mon trop plein de bière (et donc être plus vulnérable avec mon froc baissé) quand ces messieurs trouvent plus facilement des pissotières ou un coin de mur pour se soulager.

Hors depuis quelques mois, j’ai en ma possession une merveille technologique: le « Pisse-Debout« .

Joie et bénédiction sur ce bout de plastique

Joie et bénédiction sur ce bout de plastique

Voilà, vous avez le choix devant vous: acheter un pisse-debout (on le retrouvera sur Internet ou dans les magasins de sport pour la somme de 6-7 euros) ou fabriquer le vôtre.

Alors si vous vous sentez l’âme de Bobette le Bricoleur, il vous faut:

Un cintre comme celui-ci (avec extrémité large)

Un cintre comme celui-ci

Une scie à métaux

scie à metaux

Du papier de verre (de préférence avec un grain capable de venir à bout des aspérités du plastique)

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Un cutter

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Un briquet (rose de préférence)

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(non, je déconne)

Diverses matières pour personnaliser la bête: De la colle, des tissus divers, de la peinture ou de la bombe, acrylique (de préférence une, adaptée au plastique), des perles, des plumes, des paillettes, etc.

Donc vous prenez votre scie à métaux et découpez les deux bras du cintre. Il faut qu’ils soient assez long pour éviter de vous retrouvez avec de la pisse sur les pompes. Test assez simple: passez le cintre entre vos jambes pour définir la longueur qui vous semble idéale.

Les cintres ont souvent des petits bitoniots comme celui-ci:

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Ils sont une plaie à enlever. C’est là qu’intervient le briquet.
Brûlez-le quelques secondes, le temps de le rendre mou et découpez-en un maximum au cutter. Une fois la plus grande partie enlevée, on ponce l’intérieur au papier de verre.

Le but? Le rendre le plus lisse possible, cela évitera à des bactéries de s’incruster et facilitera le nettoyage.
Vous pouvez aussi poncer l’extérieur pour enlever le vernis et le personnaliser plus facilement.

Cela vous donnera ce résultat:

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L’idée sera d’avoir un pisse-debout fonctionnel (avec peu de déco, hormis la peinture) et l’autre pour vous amuser et l’exposer à la vue de tous.
Quelques idées pour vous inspirer:

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Pour l’utiliser, rien de plus simple:
On place le pisse debout entre le jambe, collé au périnée, on se penche vers l’avant et on s’adonne au plaisir de pisser debout.
Pour le nettoyage, rien de plus simple, eau et savon suffisent.

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Et voilà, avec un peu d’entraînement sous la douche – si vous n’êtes pas très sûre de vous – vous pourrez dire au revoir aux coins sombres mal éclairés et écrire votre prénom dans la neige.

Ciao les toilettes turques des aires d’autoroute, vous voilà fin prête à vous réappropriez la rue.

Comme d’hab, on remercie les Flamands Roses.

Le collectif Urban Porn a fait un résumé (et une vidéo) du premier atelier des Flamands Roses « Fabrique et Customise ton pisse-debout » –> http://www.urbanporn.org/?p=555

Et toi, tu fais du Safe Sex?

Attention, cet article va parler de Chatte.

MODIFICATION DU 29/08/2017:

Je tiens à mettre à jour cet article suite à un call out concernant la rédaction de ce dernier. J’ai écris ces conseils à l’âge de 24 ans (en 2013) avec toute l’énergie et l’inexpérience sur les questions de genre qui me caractérisaient. 

J’ai depuis, je l’espère, évolué dans ma réflexion… ce qui n’est pas reflété dans ce blog laissé à l’abandon depuis quelques années. 

Sauf que comme Internet n’oublie rien, cet article continue d’être partagé avec des propos que je ne peux plus assumer aujourd’hui.

J’ai désormais conscience que j’ai été blessante et je souhaite présenter mes sincères excuses aux personnes de la communauté Trans’. Je ne compte pas effacer ce texte, assumant ma bêtise jusqu’au bout car même si j’ai évolué, je n’ai pas pris la responsabilité de l’effacer / le modifier plus tôt. 

Je vous invite donc à vous reporter aux propos suivants et comme moi poursuivre votre réflexion grâce à des sites tels que celui-ci: https://badasseszine.wordpress.com/.

Merci de votre attention et merci par avance de ne plus relayer ce texte, sauf pour montrer ce qui ne doit pas/plus être fait pour servir l’inclusivité. 

Par @AlicePoivron sur Twitter:

 » Ptain ça fait vraiment beaucoup de mots juste pour pas inclure les femmes trans mdr.
Pour développer parce que ça m’énerve un peu, mettons nous dans la tête des gens qui ont écrit ce truc. Déjà « cis détentrice d’une chatte ». Ok tu détiens un organe, si tu veux I don’t care. Mais c’est un pléonasme. Cis ça veut rien dire d’autre. « mec trans non op ». Ah. Est-ce que tu sais vraiment ce que ça veut dire ? Quelle opération ? Tu sais qu’il y en a de très nombreuses ? Si t’as fait une hysté c’est pas la même chose qu’une phalloplastie. Beaucoup de mecs « post op » ont encore un vagin. Et pour quelqu’un d’aussi obsédée par les vulves, je pensais que tu saurais. Arrête de l’ouvrir si tu sais pas prononcer métoidioplastie. Sans compter le fait de balancer les mecs trans « non op » dans un article fait pour les femmes cis comme si tout ce qui comptait était l’organe. Peut-être ils ont pas envie d’être l’astérisque en bas d’un texte écrit pour les meufs, après voilà je laisserai mes frères trans en parler. (juste que moi ça me saoule dans la situation inverse mais voilà, à nouveau, c’est d’abord à eux de dire ça). Bon et maintenant que tu as bien défini que ça allait être un texte sur les chattes les chattes les chattes, que tu as bien inclus tout le monde. Maintenant que tu as montré que tu réfléchissais en non-op/post-op comme si c’était la seule manière de réfléchir à la sexualité, elles sont où les meufs trans avec une vulve au juste. Oh wow dingue. Même mon moniteur d’auto-école me demande si je vais me couper la bite, ça a l’air d’être une question d’intérêt générale. Mais bizarrement, la meuf queer inclusive au langage si safe qui connaît tous les bails TPBG du pays, ça lui a échappé. La digue dentaire pour les néo vagins ? Nah. Les conseils sur le lubrifiant ? Bof. C’est trop compliqué. On dirait les sexes des femmes trans n’existent plus quand ils deviennent autre chose que des bites dans la catégorie shemale. C’est pas comme si les féministes dénonçaient depuis toujours que la vulve et le vagin étaient des organes inexplorés sans représentation mentale. Un trou, que l’on cache, dont on ne parle pas, que l’on ne veut pas penser, qui est trop compliqué, trop étranger, que l’on dévoile à l’occasion quand un mec a envie de le pénétrer. Et après je vois des femmes trans paniquer parce qu’elles veulent une opération mais juste, elles ne savent pas ce que leur sexe SERA. Mais ce sera juste une vulve, avec des petites lèvres, des grandes lèvres, un clito, un vagin. Et si tu le souhaites, il y aura quelqu’un pour l’aimer et lui faire du bien et j’espère toi aussi tu vas l’aimer et lui faire du bien. Il y a les questions compliquées de quel chirurgien pour quels résultats et quelles différences avec des vagins cis, certes. Mais il y a urgence à se réapproprier nos chattes, à rappeler que c’est un organe fonctionnel et qu’il fait partie de nous. C’est un combat féministe et on va pas laisser les obsédées de la chatte bio 100% naturelle assignée à la naissance nous enlever ça. »

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Note de l’auteure: Dans cet article, on va spécifiquement s’intéresser aux pratiques entre gouines-biEs cisgenre détentrices de chattes ou mec trans non-opéré. Pas par volonté d’exclusion, mais parce que ce sont les infos sur ces pratiques sexuelles qui crient le plus souvent par leur absence dans les livres ou cours « d’éducation sexuelle » (où on parle plus de reproduction/contraception que de pratiques sexuelles).

Mais cela ne vous empêchera pas de trouver des conseils utiles pour votre santé sexuelle quelque soit votre genre ou votre orientation sexuelle.

Note de l’auteure x2: Cet article ne prétend pas résumer LA sexualité entre meufs. La sexualité se vit différemment selon les individus. Je ne prétends pas dire que toutes les lesbiennes/biEs se doivent de faire un fist à leurs meufs  pour avoir une sexualité épanouie.

Cet article est un guide qui dit: « Si vous êtes confrontéEs un jour à telle pratique, voici les outils à votre disposition pour vous protéger ».

Note de l’auteure x3: Il y a autant de manière de vivre son homosexualité, sa bisexualité que d’homo-bi-sexuelLEs.
Cela s’applique aussi aux relations sexuelles. Être lesbienne/biE ne veut pas dire « avoir une vie sexuelle débridée à partenaires multiple ». A l’inverse, cela ne veut pas dire non plus « être en couple depuis des années et vivre le « lesbian bed death » « .

C’est pour cette raison qu’il ne faut pas nier des pratiques et/ou des comportements. Le but est avant tout de diffuser une information qui permet de prendre soin de sa santé sexuelle.

Il y a quelques mois, j’ai eu la chance de participer à mon premier atelier non-mixte (gouines – biEs cis et trans & mec trans’) sur le Safe-Sex, organisé par les Flamands Roses, dans le cadre de leur festival « Ô Mots » (10éme édition).

Nous étions huit, ce qui a permit une discussion de confiance, une parole libérée et pour résumer une ambiance très sympathique.

Je ne suis pas une experte mais je vais essayer de résumer ce que j’ai retiré de cet atelier.

Quand on parle de Safe-Sex, les premières questions qui se posent sont :
Est-ce que je suis Safe ? Est-ce que j’ai déjà parlé protection avec ma/mes partenaires actuel-le-s? Est-ce que j’ai déjà eu, au cours de ma vie sexuelle, l’occasion d’aborder le sujet ?

Ici, pas de jugement et je peux témoigner en disant que je n’ai pas vraiment eu une sexualité Safe jusqu’à présent.
Entre autre par méconnaissance.

J’ai fait des tests HIV/Hépatites (régulièrement = à chaque nouvelle histoire), mais toujours avec la conviction de me dire qu’en tant que lesbienne, je ne risquais rien (préjugé n°1). Ou qu’en tout cas, je prenais nettement moins de risques que les hétéros ou les gays cisgenre… (préjugé n°2, cela peut-être vrai pour le VIH mais pas forcément pour les autres IST). A moins de le faire en période de règles (préjugé n°3).

Dans la prévention sexuelle, on nous dit un peu tout et son contraire. Ce qui entretient le blocage. On finit par évaluer le risque sur des préjugés et dans le feu de l’action, on a pas forcement envie de s’arrêter en disant :
« Ah, excuse mais tu as une digue dentaire sur toi? »

Glamour.

Qui plus est, il est assez difficile d’en parler à son/sa gynécologue. Une partie du corps médical n’ayant aucune idée des pratiques sexuelles entre personnes possédant une vulve et un vagin (oui, on se touche les genoux et on se caresse les cheveux en attendant l’orgasme).

Oh l’origine du monde.

Est-ce que je peux avoir une IST en étant lesbienne ?

La réponse est oui.

Pour transmettre un virus, il faut une porte d’entrée (les muqueuses du vagin/de l’anus et des plaies cutanées) et un liquide contaminant (le sang, la cyprine [la mouille]). Même si le virus est moins concentré dans la cyprine que dans le sang ou le sperme.

Avec quelles pratiques sexuelles, je prends le plus de risque ?

Les pratiques sexuelles varient selon les genTEs et leurs expériences.
Je vais faire un petit résumé (non hiérarchisées) des plus courantes. Aucune prétention ici de faire un Kama Sutra.

La pratique des Ciseaux – Sexe contre Sexe – dit aussi «Tribadisme »:

Contact muqueuses contre muqueuses, il peut y avoir un risque, cyprine (ou présence de sang) aidant.
Les outils pour se protéger ? Il n’y en a pas vraiment (du film alimentaire?) C’est à vous de juger et d’en discuter avec votre partenaire.

La pénétration vaginale, avec les doigts :

Pour éviter la transmission de bactéries (coucou les mycoses), un geste simple suffit parfois: Il faut se laver les mains.
Se laver les mains avant, se laver les mains si on souhaite passer d’un doigté anal à un vaginal (l’inverse [vagin à anus] est en revanche possible). Un savon au PH Neutre suffit et rincez vous bien les mains. Certains savons sont acides et risque de perturber la flore vaginale de votre partenaire.

Si vous avez d’éventuelles lésions sur les doigts, évitez le contact avec la cyprine ou le sang. Vous avez la possibilité d’utiliser des gants en latex (coucou Emilie Jouvet), il y a toute une gamme de couleur, c’est merveilleux et très doux (possibilité d’en avoir pour 10 à 15 centimes d’euros en pharmacie/ à prendre que si on vous les présente dans une boîte).

Et l’avantage d’avoir des doigts est qu’on en a dix, on peut donc en utiliser des différents/changer de main.
Enfin, si rapport à plusieurs, évitez les doigtés successifs entre les partenaires (ou changez de gants à CHAQUE fois).

Un petit point sur la lubrification.

Les genTEs sont toutes différentEs. Il y a des personnes qui mouillent beaucoup (ce n’est pas sale) et d’autres qui ne mouillent pas ou peu.
Dans le cas de ces dernières, ce n’est pas parce qu’ielles ne vous aiment pas, ne sont pas excitéEs, ne vous désirent pas.

Les sécrétions vaginales varient selon les personnes, selon les différents moments du cycle menstruel ou encore les prises de produits (médicamenteux ou autres…). Dans ce cas là, on ne force pas, on ne juge pas et on utilise du lubrifiant à base d’eau ou de silicone (qui est d’ailleurs assez sympa). Cela évitera de provoquer des lésions au niveau des muqueuses vaginales ou anales, mais aussi d’abîmer les digues dentaires.

Faire du sexe pendant ses règles: ce n’est pas sale.

C’est d’ailleurs souvent un moment où l’excitation est à son comble. Si la présence de sang vous gêne, la douche est un endroit parfait pour prendre son pied. Si vous vous en foutez, une serviette est recommandée pour éviter de tâcher les draps.
Utiliser des gants est préférable, mais encore une fois, à vous de juger de la confiance que vous portez en votre partenaire.

Autre point important : COUPEZ VOUS LES ONGLES.

C’est pas un truc de bigoudou, un indice qui permet d’activer votre gaydar, c’est juste que les ongles longs = grand risque de blesser votre partenaire.
J’ajouterais qu’il faut les couper et les limer pour éviter les rebords coupants.

Pour ce qui est du vernis… à éviter (désolé les Fem), le vernis, c’est chimique donc mauvais pour la flore vaginale.
Et enlevez votre vernis au dissolvant, mais n’allez pas directement doigter votre partenaire Lavez vous et rincez vous bien les mains (oui, encore).

La pénétration vaginale avec des jouets sexuels :

Godes, vibros, différentes formes, tailles, couleurs, matières, vous avez le choix pour vous faire plaisir.
Quelques recommandations cependant pour éviter la transmission d’IST: vous pouvez utiliser un femidon (préservatif interne) ou un préservatif externe (un préservatif de chaque côté pour le double-gode).
Dans le cas de la capote, il doit être remplacé à chaque changement de partenaire ou d’orifice.

Les légumes peuvent aussi servir de jouets (un gode, ça peut coûter cher, on le sait) mais n’oubliez pas de les laver (aaah la culture OGM). Et de les protéger d’un préservatif. Il faut savoir qu’ils peuvent se casser facilement. L’intérêt de la capote sera de pouvoir les récupérer, si tel est le cas. Libre à vous d’en faire une salade ensuite.

Pour ce qui est des autres objets, vérifiez qu’ils ne sont pas coupants ou pointus.
Les bouteilles de verres, par exemple, peuvent paraître tentante mais si elles sont ouvertes, une fois à l’intérieur du vagin, cela crée un appel d’air/effet ventouse et dans ce cas là, direction les urgences!

Le nettoyage de vos objets:
Les godes et plugs en silicone peuvent être bouillis dans l’eau pendant 3 minutes ou encore passés au lave-vaisselle.
Pour le reste des godes (en latex, vinyl, geniflex), ils peuvent être nettoyés au savon et à l’eau chaude (pas besoin de vous ruinez en nettoyants spéciaux). Les godes en caoutchouc sont poreux donc difficilement nettoyable (eau chaude et savon recommandé, mais pour ceux là, il vaut mieux mettre un préservatif à chaque utilisation).

Les harnais en cuir peuvent être nettoyés à l’aide d’un tissu, ceux en nylon peuvent passer en machine à laver.
Pas d’eau dans le compartiment à piles des vibros.

Il faut toujours utiliser des lubrifiants à base d’eau car les autres (huile de massage, etc…) abîment le latex des godes et des préservatifs.

Le mieux est de toujours protéger ses jouets avec un préservatif ou un gant.
Cela garantira aussi la protection contre les allergies face aux différentes matières utilisées dans la fabrication des sextoys.

La pénétration avec le poing (fist-fucking) :

Idem que pour les doigts, les gants sont vos amis et permettront une pénétration plus douce.
Cette pratique doit se faire progressivement et avec la mise en confiance de votre partenaire (je sais, je me répète mais demander « ça va? je ne te fais pas mal? » c’est un peu la base d’une bonne communication).
Et on n’oublie pas le lubrifiant.

La pénétration anale :

Les mêmes conseils sont valables que pour la pénétration vaginale. Gants, capotes, lubrifiants.
Surtout que la muqueuse anale est beaucoup plus fragile et sujette aux lésions et que l’anus ne produit pas de sécrétions lubrifiantes.
Autre précision, le rectum contrairement au vagin n’a pas de fin. Assurez-vous que les objets pénétrant l’anus aient une base.
Cela évitera le risque qu’ils se retrouvent coincés et/ou qu’ils remontent dans le colon (voir les radios des urgences).

Les pratiques avec la bouche :

Quand il y a cunnilingus ou anulingus, il y a risque de transmission des infections entre les sécrétions vaginales/anales et d’éventuelles lésions dans la bouche.

Si la transmission du VIH par cette voie, est basse, il y a toujours un risque d’herpès, de condylomes, de papilloma virus et de syphilis.

Le meilleur moyen de s’en protéger est la digue dentaire (digue bucale).

Elle peut se trouver en pharmacie mais n’est pas donné niveau prix (ou ce qui arrive souvent: le-la pharmacienNE ne sait pas ce que c’est)

Il est possible de s’en fabriquer une avec un gant ou en découpant un préservatif.
Ici, comment placer une digue dentaire: http://www.loveattitude.be/Placer-une-digue-dentaire-mode-d

Il est aussi possible d’utiliser du film alimentaire (sauf celui qui passe au micro-onde car poreux).

Et si l’haleine fraîche peut vous assurez des points en plus dans votre capital de baisabilité, sachez qu’on ne se brosse pas les dents avant ou juste après un rapport sexuel. La brosse peut créer des micros lésions au niveau des gencives (pas safe pour le cunni ou l’anu).
Si vous y tenez absolument, vous devez attendre 1/2h avant de descendre à la cave et attendre 1/2h de plus après le rapport.

Les jeux avec des aiguilles ou incisions cutanées:

Il y a risque de contact sang-sang, il faut donc s’assurer d’utiliser des gants, des aiguilles stériles à usage unique et à ne pas échanger. Une fois utilisée, la jeter dans une bouteille en plastique qu’on referme pour éviter que d’autres ne se piquent par accident.
Il faut aussi nettoyer/désinfecter la zone qui va être piquée (avant et après).

Les baisers profonds, le crachat :

La salive ne transmet pas le VIH, néanmoins il est plus prudent d’être vacciné contre l’hépatite B. Il faut aussi être vigilant face à l’herpès ou la syphilis.

Jouer avec les seins et le reste du corps :

Absence de sang, c’est donc la porte ouverte au plaisir. Vous pouvez mordre, lécher, vous enduire de nourriture etc.
Si vous utilisez des pinces à seins, pas plus de vingt minutes pour éviter les lésions. Si vous jouez avec des bougies, n’utilisez pas celles en cire d’abeilles car elles fondent à trop haute température.

Ah et on me dit dans l’oreillette, de préciser qu’il est important après chaque rapport d’aller uriner:
« En effet, le rapport sexuel entraîne toujours une petite remontée de microbes dans l’urètre. Une fois présents, ces microbes ont tendance à remonter jusque dans la vessie, pouvant entraîner des infections urinaires récidivantes. Uriner provoque un effet de nettoyage, refoulant les microbes à l’extérieur. » Voir ici: http://www.e-sante.fr/petits-gestes-faire-apres-amour/actualite/678

Se fouetter :

Attention au contact sang/sang, sang/sexe. On ne fouette pas les articulations, les zones qui manquent de chair, l’abdomen, les reins, le visage. Si l’on fouette la poitrine ou la vulve, cela doit être de manière légère.

Dans les jeux SM: on peut utiliser un « safe-word », qui fera comprendre au partenaire que vous ne voulez pas aller plus loin (je vous conseille de dire « Maréchal Pétain » la débandade sera directe).
Un code de couleur peut être mis en place : Vert → Tout va bien/ Orange → ça va, mais on n’ira pas plus loin/ Rouge → NON.
Un bon vieux « Stop » est aussi très efficace.

S’attacher ou faire du bondage :

C’est une pratique sans risque de transmission d’IST, mais vérifiez à ne pas trop serrer les liens pour permettre la circulation du sang.

Le fait d’être attaché nous amène à la notion de consentement.

Vous avez le droit de ne pas avoir le même fantasme que votre partenaire et celui de dire non, si vous ne sentez telles ou telles pratiques, si vous changez d’avis (à l’inverse, c’est à vous d’écouter votre partenaire et de ne pas la/le forcer).

A cela se rejoint la notion de confiance en soi.
Parce que pour une bonne prévention, il ne faut pas se dire qu’on est prêtE à toutes les pratiques parce que l’autre nous fait « la faveur » de coucher avec nous. Dans le sexe, il n’y a pas de « faveur », il n’y a qu’un plaisir partagé.

Vous protéger, c’est aussi éviter une relation qui pourrait vous faire du mal physiquement et moralement.

Ici, un questionnaire très intéressant sur la notion de consentement –>> http://www.infokiosques.net/spip.php?article659

En bref, une relation sexuelle, qu’elle se fasse avec unE partenaire occasionnelLE ou régulièrE, doit se faire dans un cadre de confiance mutuelle.

Et oui, je sais, il est parfois difficile d’instaurer un cadre de confiance avec un coup d’un soir.

Hors la prévention aux IST passent surtout par le dialogue. Il faut pouvoir libérer cette parole, prendre le temps de parler prévention, voir de parler de statuts sérologiques.

Le but n’est pas de se culpabiliser, cela sert juste à évaluer les risques que vous êtes prêtEs à prendre ou non.

L’abus d’alcool et de stupéfiants peut aussi être un frein à des pratiques sans risque.
Apprenez à connaître vos limites. Boire ou se droguer pour une occasion particulère, ne vous rendra pas plus cool. Si vous consommez de la drogue, n’hésitez pas à vous hydrater. Et si vous sortez entre ami-e-s, pensez à faire attention aux un-e-s aux autres.

Vous avez aussi d’autres moyens à disposition pour vous assurer une vie sexuelle 100 % Safe.
Les dépistages VIH/Hépatites sont possible par une demande à votre médecin généraliste ou en vous rendant à des centres de dépistages anonymes et gratuits (et aujourd’hui, AIDES vous propose des tests rapides)

Enfin, la visite gynécologique.

Il ne faut pas attendre de ressortir les symptômes d’une maladie pour y aller (un check-up doit se faire tout les deux ans). Mais il est difficile en tant que queer de tomber sur des praticien-ne-s friendly, qui savent vous mettre à l’aise ou qui ne partent pas du principe que vous êtes cis-hétéro.

Dans ce cas, demandez à votre entourage si i-elles peuvent vous conseiller quelqu’unE. Parfois dans les centres LGBT sont mis à dispositions des listes de professionnelLEs de la santé.

Si néanmoins, vous ne le sentez pas, apprenez à connaître votre corps et à l’observer régulièrement.

Vous devez consulter un-e gynécologue si :

Votre vulve est : rouge, irritée, gonflée, si il y a des ulcères/vésicules/verrues
Votre vagin est : douloureux, vous ressentez une brûlures, vous observez des pertes anormales (couleur, odeur, quantité différente des pertes habituelles)
Votre urètre : vous ressentez des douleurs au moment d’uriner.
Matrice et Trompes : Douleurs au ventre, douleurs pendant la pénétration.
Modifications hormonales : acné, poils, poussée du clitoris ou de la vulve.

Dans tout ce tas d’information, le plus important à retenir est que vous êtes l’actrice-l’acteur principale de votre vie sexuelle et qu’avoir des pratiques safe est à votre portée.

Personnellement, je ne sais pas si j’arriverais un jour à érotiser la digue dentaire, mais cet atelier m’a fait prendre conscience que je devais ouvrir le dialogue et que je ne devais pas me bloquer pour parler prévention avec une éventuelle partenaire.

Je finirais par dire un grand merci aux Flamands Roses.
Si vous êtes sur Lille, n’hésitez pas à passer au « J’en suis, j’y reste » centre LGBTIQ- Féministe (19 rue de Condé)

Pour les infos, j’en ai pioché énormément dans différents guides que je vous conseille (qui sont nettement plus complet/drôle/imagé) :
« Tombez la culotte » : http://yagg.com/2011/10/10/tomber-la-culotte-une-brochure-innovante-et-sexy-pour-toutes-les-femmes-qui-aiment-les-femmes/

« Gouixx, brochure de réduction des risques en direction des gouines et de celles qui font du sexe avec des femmes » par le Gouixx Crew, Lyon, automne 2005.
« Guide du Safe Sex lesbien » par les Klamydia’s, association suisse,

Vous pouvez aussi revoir la campagne « Comment ça va les filles ? » de Yagg, en collaboration avec l’INPES.

Allez, touTEs avec moi:

Un jour, je vous raconterais l’atelier Chatte à Modeler.