Mes amiEs, mes alliéEs?

Ces derniers temps, mon cœur est au militantisme. Un militantisme qui a répondu à l’urgence de la situation et à l’ampleur de ma colère.
Une situation qui m’a beaucoup éloignée de certains proches.
Et pas n’importe lesquels: Mes amiEs Hétéros.

J’ai longtemps cru que l’on pouvait être ami avec des gens d’un bord politique différent du sien.
Que les opinions politiques faisaient parti des sujets que l’on pouvait éviter aisément. Que ce n’était qu’un sujet un peu vulgaire, qui ne pouvait conduire qu’à l’engueulade. Qu’il fallait préserver l’amitié avant tout.

Mais quand le politique vient s’immiscer dans la vie privée, ces bonnes résolutions ne tiennent plus.

C’est ce qui se passe actuellement dans ma vie. Et je me suis rarement senti aussi peu soutenue par mes amiEs Hétéros.

Ils sont mes amis, oui, et cela pour tout ce que nous avons partagé, mais pas mes alliés.

Par exemple, ils ne se sont jamais déplacé pour les sans-papiers parce que ça ne les intéresse pas.

Et ils ont encore moins marché pour l’ouverture du Mariage pour les couples de même sexe parce que ce n’est pas leur combat.

Ce n’est pas faute d’essayer de les convaincre:  « C’est une question de justice sociale, il faut se battre contre les inégalités », ça ne suffit pas.

Dans les bons jours, je ne suis que l’idéaliste. Dans les mauvais, la paranoïaque. En général, celle qui l’ouvre trop.

Parfois, je me dis qu’il faut leur donner des images à  ancrer dans leur imaginaire. Pour les convaincre.
Il faut que je leur parle de ce crédit sur 20 ans que je ne pourrais jamais prendre avec ma compagne.
Il faut que je leur montre que je rêve de fidélité et d’une maison avec jardin.
Il faut que je leur dise que je veux avoir des enfants.
Il faut que je pleure à l’idée que si la loi ne passe pas, ils ne pourront jamais porter de toast lors de la réception.

Peut-être que si je leur fais pitié, si je leur dit que je veux être comme eux, que je souhaite le même idéal de vie…
Mais je leur mentirais. Je ne veux pas de cette vie. Cette vie où je les voit se ranger les uns après les autres.
Je veux juste avoir le droit de la refuser.

C’est peut-être pour ça qu’aucun de mes hétéros n’a jamais défilé avec moi. Peut-être qu’on ne s’est jamais vraiment compris.

On s’est rencontré très jeune ou à l’aube de nos vingt ans, un peu paumé, un peu outsider… mais leur place, ils ont fini par la trouver.

Et quand ils-elles s’installent avec leur compagne/compagnons, moi, je suis toujours une ado. Avec mes idéaux et mon besoin de me battre contre des « moulins à vents ».

Peut-être qu’être l’inadapté social ne fait que m’éloigner d’eux.
Peut-être que si nous ne sommes pas vraiment alliéEs, nous ne sommes plus vraiment amiEs…

Est-ce qu’au fond les hétéros et les Gouines sont fait pour s’entendre?
Est-ce que l’amitié survit aux convictions politiques?

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6 réflexions sur “Mes amiEs, mes alliéEs?

  1. J’ai manifesté en décembre, pas en soutien à mes quelques amis homo mais parce que la justice sociale etc. Parce que je crois que c’est effectivement une question de justice (au sens philosophique), et un symbole fort contre l’homophobie. J’ai manifesté avec une poignée de copains et copines hétéro et deux copains homo, chacun(e) pour ses raisons: relationnelles, intellectuelles, personnelles.

    Un peu après la manif j’ai rejoint une amie proche, ma meilleure amie, qui est contre. Pas contre au point d’aller manifester avec les anti, mais contre quand même. Et puis j’ai rejoint ma famille pour un anniversaire, ma famille qui est contre aussi. Et je me suis dit que merde, si j’étais homo, si le sujet me touchait directement, comment je pourrais vivre ces relations sans que ça soit une tension intenable? Déjà qu’en l’état c’est compliqué…
    J’ai pas de réponse.

    (Je suis sûr que gouine et hétéros peuvent s’entendre. Mais oui j’imagine que ça peut être compliqué. Les allié(e)s courent pas les rues.)

    • Je n’ai pas de réponse non plus. J’ai écris cet article sur le coup de la tristesse. L’actualité me fragilise sur le long terme, et j’aimerais parfois voir ceux que je considère comme mes potes s’investir un minimum, ne serais-ce que par soutien (si ce n’est par conviction).

  2. J’ai vécu à peu près la même chose. Au début, mes potes hétéros trouvaient ma bisexualité un peu bizarre mais pas franchement dérangeante, comme un concept excentrique qui allait de paire avec mes remises en question permanentes. J’ai grandis, et j’ai pris conscience que nous n’avions pas la même considération, et encore moins les mêmes droits. Alors j’ai commencé à m’interroger sur les messages véhiculés par la société, à m’attaquer à des domaines, comme à la psychanalyse, ou à des personnalités homophobes qu’ils appréciaient de près ou de loin. Je suis vite passé de  » la pote étrange mais cool  » à  » râleuse frustrée « . Une amie d’enfance a résumé mon attirance pour les femmes par :  » de toutes manières tu as toujours tout essayé  » comme s’il s’agissait d’une nouvelle drogue sur le marché, d’un comportement à risque.

    Malheureusement pour moi, les gays, lesbiennes et bi sont rares dans mon entourage, et je ne m’entends pas toujours avec. Il a fallu que je devienne féministe pour que le fossé se creuse. Parler de femmes battues, d’inégalités salariales, du rôle de la femme en temps que mère, d’accord. Mais de Mademoiselle, et d’autres choses qui n’étaient pour eux que des détails, qui pourtant ont pour moi une importance capitale est vite devenu pesant ; mentionner les mots patriarcat, et la notion de domination masculine fut pratiquement impossible sans qu’il n’y en ai un (ou une) pour sombrer dans le déni le plus total. Traiter des comportements genrés n’était plus pour eux qu’une attaque à peine dissimulée tant ils les avaient intégrés. On m’a peu à peu exclue du groupe, mais je suis persuadée que l’incapacité de s’entendre à cause de divergences politiques n’est pas le facteur déterminant. Il me semble que lorsqu’il faut redoubler d’efforts pour dissocier la personne de ses idées politiques, c’est que quelque chose s’est déjà brisée. Je m’explique, ma meilleure pote croit en l’existence du diable. Ce concept m’est intolérable tant il déresponsabilise l’homme de ses actes, mais je continue à m’entendre avec elle, par ce qu’elle m’offre ce que je recherche. Je crois que tout se résume à ça, si l’autre fourni écoute, confiance, et assez d’empathie pour ne pas juger, alors le débat peut progresser, évoluer réellement, loin de la rancune attribuée à toute personne indifférente quant à l’injustice sociale que subissent ses paires à cause de l’inaction générale.
    Voilà, je me suis un peu étalée, (désolée) mais ton texte m’a touchée, par ce que je sais ce que c’est que d’être déçue par ceux sur qui ont pensait pouvoir compter, par principe, ou par soutien comme tu l’as mentionné. Tout n’est pas si noir puisque beaucoup comprennent la nécessité de lutter pour une cause par laquelle ils ne se sentent qu’indirectement concernés…

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