Comment accompagner une victime de viol ou d’agression sexuelle? [Outils et ressources]

J’hésite depuis hier soir à écrire ce post. J’ai entamé une formation hier avec l’Echappée, collectif de lutte contre les violences sexistes et sexuelle de Lille. Comme vous pouvez le voir sur leur blog, c’est un collectif qui s’est spécialisé entre autres dans l’accompagnement des victimes de viol.

Le collectif a décidé d’organiser cette formation au « J’en suis, j’y reste » (centre LGBTIQ-Féministe de Lille) car en tant qu’espace d’accueil, nous sommes parfois confrontés à des personnes qui ont besoin d’être soutenues voir redirigées vers des structures spécifiques mais qui ont avant tout besoin d’être écouté.

Je me permets donc d’écrire ici, la marche à suivre (le BABA) (sachant que je suis pas une spécialiste) mais je crois sincèrement que ces informations devraient être à la portée de touTEs. Surtout quand on sait qu’une femme sur cinq va être victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie.

Ce que je vais vous donner, ce sont avant tout des outils et des ressources et vont se diviser en 4 points:
I. Chiffres et préjugés courants.
II. Les définitions légales des viols et agressions sexuelles + Délai de prescription
III. Comment accueillir une personne victime de viol ou d’agression sexuelle ?
IV. Les liens et numéros utiles

Ce texte ne demande qu’à évoluer, libre à vous d’apporter votre pierre à l’édifice.
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Une des premières choses à se dire, c’est que si une personne vient vous parler de son agression, c’est qu’elle a confiance en vous et cela implique donc certaines responsabilités.

Mais vous avez aussi le droit de ne pas vous mettre en échec si vous ne vous sentez pas capable d’écouter certains propos (parce que ce n’est pas le cadre, vous ne vous sentez pas assez fortE, etc…). Ce n’est pas grave, c’est humain. Et si tel est le cas, c’est toujours bon de faire appel à quelqu’un d’autre, de pouvoir rediriger vers des numéros de ligne d’écoute (où les intervenantEs sont forméEs pour ces situations), de structures spécialisées, voire de médecins.

L’important est de toujours croire la personne (de le lui dire) et lui faire savoir que vous êtes prêtE à la soutenir, même si vous vous sentez incapable de gérer la situation seulE.

I. Chiffres et Préjugés Courants

Pour croire la personne, il faut aller au delà de ses préjugés.
C’est pourquoi je vais commencer par quelques chiffres/préjugés courants.

Les chiffres: 1 Femme sur 5 sera victime de viol et/ou de tentative de viol au cours de sa vie (chiffre fourni par l’OMS).
Les études s’accordent à dire qu’il y a environ 70 000 femmes qui sont violées en France chaque années. Avec 90 % d’auteurs masculin pour 90 % de victimes féminines. Même si ces pourcentages peuvent être faussés car les hommes victimes de viols ont énormément de mal à témoigner.

Les préjugés: D’après les témoignages recueillis depuis des années par les lignes d’écoute, on sait que la très grande majorité des viols sont commis par un proche, en grande partie sur des mineurEs, au domicile de l’agresseur et de jour.
Contrairement à ce que certaines productions racistes voudraient nous faire croire ( « l’agresseur arabe Violeur – Voileur – Auteur de tournantes dans les banlieues ») n’est pas du tout fondé car toutes les couches de la société sont touchées, tout comme toutes les couleurs de peau.
Les agresseurs sont d’ailleurs très souvent bien intégrés dans la société (personne ayant un travail, marié … ).

Ce que l’ont peut constater par contre, c’est que les agresseurs issus d’un milieu aisé sont peu représentés dans les tribunaux (les cadres sup ou fameux auteurs en cols blancs).

Autre préjugés: L’action est la plupart du temps préméditée.
Bien loin des clichés sur un éventuel coup de folie incontrôlable.

Enfin, les viols sont surtout commis sur des personnes âgées de moins de 18 ans, voir même avant 14 ans. Les victimes filles seront avant tout confrontés à des violences répétées car celles-ci se passeront très souvent dans le cadre familial.

II. Les Définitions Légales des Viols/ Agressions Sexuelles et délai de prescription.

Il faut être capable de donner une définition légale du viol et de l’agression sexuelle et savoir ce que ça implique sur le plan juridique:

Définition légale du viol: C’est un crime → Droit pénal : le tribunal compétent est la cour d’assises. (peine minimale : 10 ans de peine privative de liberté – art. 131-1 et 131-2 du Code Pénal)

Tout acte de pénétration sexuel → Objets, doigts, fellation forcée (ça n’est le cas que depuis 1997, même si remis en cause depuis 2001, ici, tout dépendra des jurisprudences), la pénétration anale (qui n’est reconnue que depuis 1993, même si elle passe avant tout pour une pratique « barbare » – sexisme/homophobie, vous avez dit?)
Commise sur la personne d’autrui avec violence, contrainte, menace, surprise
Ceci désigne les moyens employés par l’agresseur pour imposer sa volonté, au mépris du refus ou de l’âge de la victime ; c’est le non-consentement ou l’abus de minorité qui caractérisent le viol.

Les contraintes psychologiques et verbales sont assez dures à prouver, tout dépendra des juges/jurisprudences.

Le viol conjugal est reconnu depuis 1994 comme circonstances aggravantes.

Définition légale des agressions sexuelles: Ce sont des délits –> Droit pénal: le tribunal compétent est le tribunal correctionnel (les peines sont plus légères – art. 131-3 du Code Pénal)

Toutes atteintes sexuelles autres que le viol → Exhibitionnisme, masturbation imposée, harcélement, exposition à du matériel pornographique, proxénétisme, bizutage

Commises avec violence, contrainte, menace ou surprise.

Le délit d’atteinte sexuelle est constitué même s’il est commis sans violence, contrainte, menace ni surprise, dès lors que la victime est un(e) mineur(e) de moins de 15 ans.
Si la victime est âgée de 15 à 18 ans, le délit d’atteinte sexuelle n’est constitué que lorsqu’il est commis par un ascendant, une personne ayant autorité ou abusant de l’autorité que lui confèrent ses fonctions.

Les circonstances aggravantes sont
– si les violences viennent d’une personne ayant autorité/un ascendant sur la victime
– si les violences viennent d’une personne de la famille, du conjoint, d’un ex-conjoint
– si les violences sont commises en réunion/ avec d’autres violences/ via usage de drogues et d’alcool/ en raison de l’orientation sexuelle.

Les menaces peuvent être dénoncées et exprimées lors d’un dépôt de plainte, car la police/les juges en tiendront compte.

La prescription :
Pour ce qui est du viol: jusqu’à 10 ans à compter des faits quand on a été victime adulte.
Exemple: vous avez été victime à 19 ans, vous pouvez porter plainte jusqu’à 29 ans.

Quand on a été victime mineure : jusqu’à 20 ans à partir de la majorité.
Exemple : si vous avez été victime à 14 ans, à partir de vos 18 ans, vous aurez 20 ans pour porter plainte (soit jusqu’à 38 ans)
Si le viol a été commis avant 2004, mieux vaut se renseigner auprès d’unE juriste à cause d’un conflit de rétroactivité dans la loi.

Pour les autres agressions sexuelles :
Pour les victimes adultes : 3 ans à compter des faits.
Pour les victimes mineures : 10 ans à partir de majorité (jusqu’à 28 ans).

Pourquoi cette différence entre les cas des adultes et ceux des mineurEs ?
Parce qu’il y a reconnaissance de l’amnésie traumatique.

Lors d’un événement traumatique, le cerveau pour se protéger décide d’oublier l’événement et ne l’intègre pas à sa biographie. C’est pourquoi certaines personnes ne se souviennent de leurs agressions que suite à un autre événement violent (par exemple, un accident de voiture).

Autre fait intéressant sur les psycho-trauma et qui prouvent à quel point c’est important d’être bien entouré : si les faits peuvent être racontés dans les 12h à 24h, une personne ne développera pas de trouble psychotraumatique.

Un article wikipédia sur les troubles de stress post-traumatique après un viol : http://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_stress_post-traumatique_apr%C3%A8s_un_viol

III. Comment accueillir une personne victime de viol ou d’agression sexuelle ?

Maintenant, je vais pouvoir vous présenter le début de la trame d’écoute et d’accueil utilisée par des associations féministes, qui je pense, peuvent être à la portée de touTEs:

– Il faut la croire. On ne remet pas en doute quoi que ce soit. On ne minimise pas, on ne généralise pas, on ne banalise pas. Il faut prendre en compte son évaluation des faits et ne pas réajuster à ses propres normes.
Exemple : ne pas considérer comme mineures certaines formes d’agression sexuelle (exhibitionnisme, masturbation, exposition à de la pornographie…)

– L’écoute implique disponibilité, attention et respect de ce qui est dit, tout en aidant la personne à affronter la réalité de l’agression. Il faut accepter son anxiété, sa douleur, sa colère. Il ne faut pas « consoler » (pas de pitié compatissante).

– Il faut veiller à ce que la personne soit, se sente en sécurité.
Exemple : lui dire que vous aller fermer la porte à clé mais que si elle ressent le besoin de sortir, les clés sont toujours sur la porte d’entrée. Lui faire visiter les lieux, lui montrer les sorties possibles.

– Aider la victime à confronter la réalité de l’agression, tout en respectant son rythme et nos limites, Rappel: nous ne sommes ni psychologue, ni psychiatre.

– Travailler à une clarification de ses émotions, réactions, sentiments.

1. Exposer brièvement la fonction et les objectifs de l’instance qui réalise accueil et écoute : préciser son rôle, voir donner un cadre. Exemple : « on peut en parler pendant une heure »

Lui préciser les possibilités et les limites de notre actions : ça sera à elle de prendre à charge ses décisions. A elle de dire quand elle veut porter plainte, aller chez le médecin. La personne doit redevenir l’actrice-l’acteur de sa vie et se réapproprier son histoire.

2. Demander à la personne accueillie de définir ses priorités dans sa demande d’aide : lui apporter un début de réponse. Par exemple, lui donner la définition judiciaire de son agression, lui parler de la prescription et des possibilités de soins adaptés.

Il y a un protocole d’urgence qui est parfois difficile à aborder mais qui est important si la personne vient d’être agressée :

– Lui demander si l’agression a eu lieu il y a moins de 3 jours
→ Cette question servira pour:
– prévenir tout risque de grossesse (pour prendre la pilule du lendemain, jusqu’à 72h)
– se rendre aux urgences et prendre un traitement post-exposition de l’infection au VIH (jusqu’à 48h)

– Lui demander son âge.
→ Si vous êtes adulte et que la victime est mineure, vous êtes tenu de faire un signalement à la police.

3. Essayer de faire un bilan pratique : où est-ce qu’elle habite ? Est-ce qu’il y a des gens pour la soutenir ? A-t-elle vu un médecin? a t-il fait le nécessaire? (voir protocole d’urgence) Veut-elle porter plainte ?

Ce ne sont que des exemples de questions possible. Vous n’avez pas à toutes les poser, il faut suivre le rythme de la personne.

Même si elle ne veut pas porter plainte, le mieux est quand même d’essayer de la diriger vers un médecin qui pourra « consigner l’événement » et qui facilitera les démarches de la victime si elle décide de porter plainte dans 1 an, 5 ans, 8 ans…

4. La renseigner sur les lieux de prise en charge : psychologique, sociale, judiciaire, médicale, ceci de façon circonstanciée qui favorise la possibilité d’y recourir. Il ne suffit pas de distribuer l’information elle est rarement assimilable telle quelle. Il importe d’engager un échange sur l’opportunité de telle démarche, sur son intérêt, sur le moment où elle peut devenir réalisable.

Et l’informer sur les procédures et recours possibles en prenant garde à ne pas évincer le risque toujours présent d’une suite judiciaire qui ne réponde pas aux aspirations de la victime. Replacer le travail d’enquête policière et judiciaire dans le cadre général de la loi en expliquant les processus d’instruction et d’enquête à charge et à décharge.

Je ne vais pas expliciter le reste car il s’agit de pratique de personnes qui ont été formés sur le long terme à écouter et prendre en charge des victimes de viol et d’agressions sexuelles.

IV. Les liens et numéros utiles.

Je crois que ces quelques points devraient suffire. Si néanmoins vous souhaitez approfondir, il existe des sites comme celui du Collectif Féministe contre le Viol où j’ai pioché quelques infos: http://www.cfcv.asso.fr/viol-femmes-informations/c2,accompagner-une-victime.php

Ainsi que le site du gouvernement sur les violences faites aux femmes :
http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/-Votre-situation-.html

. Le numéro vert de SOS Viol Femmes Informations : 0 800 05 95 95
. Violences Femmes Info (appel gratuit d’un téléphone fixe) au 3919
http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/
Du lundi au samedi, de 8h à 22h – Les jours fériés de 10h à 20h (sauf les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre)
. L’Echappée, collectif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles – basé à Lille:
http://lechappee.over-blog.com
06.30.89.27.33.
. S.O.S. Viol – Collectif Féministe contre le Viol – basé à Marseille
http://www.sosviol.com/sos/pages/home.php?rub=0&srub=0
102. Cours Lieutaud – 13006 MARSEILLE
Téléphone écoute téléphonique : 04 91 33 16 60

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12 réflexions sur “Comment accompagner une victime de viol ou d’agression sexuelle? [Outils et ressources]

  1. Un article utile.
    Juste une précision juridique : crime -> c’est du droit pénal, et le tribunal compétent est la cour d’assises. (peine minimale : 10 ans de peine privative de liberté – art. 131-1 et 131-2 du Code Pénal)
    délit -> c’est aussi du droit pénal, le tribunal compétent est le tribunal correctionnel (les peines sont plus légères – art. 131-3 du Code Pénal)

  2. Pingback: Culture du viol | Pearltrees

  3. « Il faut la croire »

    Vous pourriez vous enrôler dans une secte. A ma connaissance il n’y a que dans les sectes qu’on demande aux adhérents d’abdiquer tout esprit critique. Les sectes et les associations féministes.

  4. Sinon je serais curieux de savoir si dans vos formations, on aborde des cas comme celui de la vidéo, des meufs capables d’accuser de viol, de sortir le grand cinéma, pour des vétilles, parfois dix euros à peine? On vous apprend à ne pas croire ce genre de vidéos?

  5. Bonjour,
    Merci pour cet article.
    Je cherche à rejoindre l association l Echapee en tant que bénévole.
    Si vous avez quelques informations, pourriez vous m indiquer la démarche à suivre pour cela, et me dire avant tout si cela est possible ?
    Je peux vous laisser mon mail dans un prochain post si ok pour vous.
    Merci mille fois

  6. merci pour toutes ses infos très intéressant j’aurai des questions a vous posez mais en privé si vous êtes d’accord merci

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