« En sortir » par Scolastik

La peur te prend parfois quand tu marches dans la rue. Sortie de nulle part, tu ne l’as pas entendu venir, comme tu ne la verras sans doute pas partir. Juste, elle est là, et toi tu ne peux que composer autour. Quelque fois c’est juste ce sentiment diffus. Simplement tu la sens, tu ne peux pas dire pourquoi, ni comment. Tu transpires, tes poings sont serrés. Ton cerveau est maintenant activement occupé à t’empêcher de tomber plus bas. « Tu ne crains rien, tu es dans un endroit connu, les gens ont l’air sympathiques, tu ne crains rien, on est en plein jour, pense à ta soirée d’hier, tu es dans ton quartier, cette personne est en train de te sourire. » Souvent tu arrives à te calmer, parfois au prix de ton humeur, tu te mets en colère, contre toi même, ou contre un passant, contre la vitrine dégueulasse d’un magasin, ou le gros titre d’un journal quelconque ou tu pleures silencieusement, pendant des heures. Mais tu n’as plus peur. L’impression tenace de ta disparition toute proche s’est un peu atténuée. Tu souffles.

Quelque fois c’est une attaque si brusque et si soudaine que sa violence te laisse sur le carreau. En quelques secondes tu te retrouves hors-jeu. Tu vois, tu entends ce qui se passe autour de toi, mais tu n’es plus là.Ton cœur va trop vite, tu ne penses plus, tu es juste cette boule de peur qui tourne sur elle même. Tu ne comprends même plus de quoi tu as peur. Tu ne sais plus où tu te trouves ni pourquoi, tu ne sais même plus avec qui tu étais. Tu es ta peur. Indistinctement, sans limite. Les bribes des exercices de relaxation de ton médecin te passe devant les yeux, tu la vois ouvrir la bouche, tu entends « à l’envers. » Et puis tu es dans une rue sombre, tu es dans un autre cabinet médical aux néons faiblards, tu es dans un bar, tu es sur une place, une manif hurlant la haine en face de toi, tu es dans une salle de cours. Les visages se succèdent tu ne peux en retenir aucun. Tu entends tes pleurs, tu ne sais plus que ce sont les tiens. Tu veux seulement que cela s’arrête, tout pour que cela cesse.

Tu penses à tes lames de rasoir. Tu sais qu’elles sont à la poubelle, depuis longtemps, elles ont pourri, fini, décrépi. Un couteau, des ciseaux, une bougie, peu importe, juste avoir assez mal pour revenir maintenant. Manger, trouver une caisse de nourriture, tout avaler, sans mâcher, sans regarder. Te remplir pour te garder ici. Tu ne l’as pas fait depuis longtemps. Tu as arrêté.

Tu es la peur.

Mais tu finis par respirer, tu ne sais pas comment, tu ne sais plus comment, mais tu reviens à toi, petit à petit, l’instant est l’instant, le lieu est ici.

Tu sors moins.

Tu enfermes la peur dans ta chambre, tu fais de ton lit son berceau. Tu gardes les suées de tes cauchemars réguliers. Tu tapes la tête contre les murs. Tu poses mais tu ne sais pas attaquer. Tu attends qu’on te dise comment disparaître.

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