De la réalité du placard.

Cela fait maintenant quelques années que j’essaye d’écrire cet article. Trois ans exactement. Sans doute le temps qu’il m’a fallu pour digérer cette violence qui m’a rongé le cœur. Je ne sais pas par où commencer et je ne saurais sûrement pas écrire une conclusion digne de ce nom, mais il faut que j’en parle. C’est un peu de ma vie que je vais raconter là, mais le privé est politique, n’est-ce pas?

Il faut que je parle de cet endroit que les hétéros ne connaîtront jamais. Il faut que je parle du placard.

L’excellent «Homographies» de Ricardo Lllamas et Francisco Javier Vidarte (disponible ici ) résume le placard à ceci:

«Le placard est à proprement parler une stratégie, une institution de répression, de persécution, de contrôle, d’invisibilité et d’injonction au silence; il est pensé pour nous effacer de la société en nous privant de la parole et de l’accès à la vie publique. Nous sommes là, ils n’y peuvent rien; mais quand ils parviennent à caser le plus grand nombre d’entre nous dans le placard, ils ont au moins la garantie que nous ne ferons pas de bruit, que nous serons invisibles et qu’au bout du compte, ce sera comme si l’homosexualité n’existait pas, ou comme si elle était marginale, méprisable, indigne de la plus petite considération.».

Je pourrais aussi vous renvoyer à l’article de Janis Bing : « On a tous grandi à Hétéroland ».

Personnellement, je n’ai pas vraiment vécu le placard. Je me suis assumé très tôt, vers l’âge de 15 ans. Et j’ai toujours eu cette aisance, déconcertante pour des hétéros, de parler de mes aventures avec des femmes. J’ai toujours vu ça comme un excellent moyen de faire le tri dans mes relations.

Puis j’ai rencontré cette meuf. S’en est suivi un an de larmes et de disputes. Un an à être reléguée à une parenthèse.

Le placard, ça se résumait à ne pas se montrer dans l’espace public (voir privé) en tant que couple.
Ne pas se donner la main dans l’obscurité d’un cinéma. Le placard, c’est être l’amante qui devient la vague cousine d’une copine de fac devant ses amiEs. Le placard, c’est attendre des déclarations d’amour qui ne viendront jamais. Le placard, c’est l’entendre dire qu’elle est hétéro après que vous ayez passé votre week-end à baiser.

Le plus difficile quand tu es out et pas la personne qui partage ta vie, c’est de ne pas avoir le droit de lui en vouloir.
Tu ne peux pas la forcer à sortir de là. Tu as conscience qu’à l’extérieur des quatre murs de ta chambre, ce monde peut être dangereux.
Tu ne peux pas mentir en lui disant que c’est fabuleux de gambader follement à Hétéroland.  Simplement car tu les connais ces personnes qui ont été viréEs de chez elles, reniéEs par leur « famille » et « amiEs ». Tu connais la détresse, tu as vu la violence, tu as subis les « sale gouine » dans la rue et les regards inquisiteurs.

Comment lui en vouloir ? Comment lui demander d’en sortir ? D’être courageuse?
Tu ne peux pas et il est là, le poison. Tu ressens la honte. Tu subis l’homophobie intériorisée, la sensation d’être nié dans ta propre existence, sans avoir ton mot à dire. Moi, je suis devenu amer et j’ai été blessée dans mon amour.

J’en voudrais toujours à Hétéroland de m’avoir brisé comme il l’a fait.

A vrai dire, j’irais plus loin que « Homographies », car pour moi, le placard est une arme de destruction massive. Une arme qui n’a pas fait que détruire ma relation, ma confiance en moi, mon droit au bonheur. Elle pousse aussi des jeunes queers à se trancher les veines.

Aujourd’hui, j’en ai encore des séquelles et je me suis radicalisée. Mais comment ne pas devenir radicale quand une norme toxique t’empêche de t’épanouir dans tes relations amoureuses et sexuelles ?

Comment ne pas être colère quand ce placard veut juste que tu crèves?


Because I’m queer. I’m gay. I’m homosexual. I’m a poof, I’m a poofter, I’m a ponce. I’m a bumboy, baddieboy, backside artist, bugger. I’m bent. I am that arsebandit. I lift those shirts. I’m a faggot-ass, fudge-packing, shit-stabbing uphill gardener. I dine at the downstairs restaurant, I dance at the other end of the ballroom. I’m Moses and the parting of the red cheeks. I fuck and I am fucked. I suck and I am sucked. I rim them and wank them, and every single man’s had the fucking time of his life. And I am not a pervert.

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3 réflexions sur “De la réalité du placard.

  1. Ton histoire me touche personnellement, je suis exactement à la place de ton ex et je me fais systématiquement larguée pour cette raison, je les mets dans une situations très inconfortable sans m’en rendre compte mais ton texte me permet d’imaginer ce qu’elles peuvent ressentir, je n’y pensais pas réellement en me disant que c’est bien moi la victime dans cette histoire puisque que le luxe de faire son coming out n’est pas donné à tout le monde compte tenu des différences sociales, familiales, etc, ça m’agaçait même le fait qu’elles me forçaient la main pour le faire sans comprendre les conséquences, mais je leur en veux moins grâce à ton article! merci

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