Les hétéras, ces lesbophobes qui s’ignorent.

Je pense que je n’aime pas les mecs. Moi je suis trop compliquée, j’suis une fille, j’veux pas d’un mec cishet dans les pattes, non mais merci bien, non mais merci le drame. Par contre, je me dis : est-ce que sexuellement, c’est pas plus épanouissant un mec cishet ?
Moi qui me… tu vois ? Je l’ai dis même à ma chérie, j’lui dis.. voilà, moi j’te dis… si j’ai envie de faire ça avec un mec cishet, si ça se présente et si ça me dit bien sûr… je pense que je le ferai hein. Bah pour pas mourir idiote.
Puis peut-être d’être mieux comprise, ouais, y’a un truc comme ça.

As-tu déjà eu des flirts, des propositions ?

Non, non jamais. Euh.. Par contre, j’ai des amis cis-hétéros donc peut-être que j’oserai leur en parler à eux. Leur dire: « voilà emmène-moi quelque part, allez vas-y que j’vois… »

Mais je suis déjà rentrée dans un lieu hétéro pour les accompagner à une soirée et j’ai été un petit peu choquée.
Enfin choquée, non, c’est pas vrai, je dramatise ma vie, c’est pas vrai. J’ai pas été choquée, par contre j’ai été marquée.
J’suis rentrée dans le lieu, j’aime autant dire que les regards qui se posent sur toi… d’hommes… bah t’es pas du tout habituée déjà… Et c’est comme les meufs. Attention.
Ça veut dire qu’ils te regardent et ça fait flipper, tu sais dans la rue t’es pas du tout habituée à ce qu’un mec… tu peux en croiser un à l’occasion, tu vas sentir que… il te regarde, y’a peut-être quelque chose.Alors là, vraiment, ce sont des prédateurs.
On est vraiment dans le regard appuyé, long… Donc on est.. moi, j’suis pas du tout habituée à ce qu’un mec cis-het me regarde de cette manière là.. Ah tu sens le cul.. Ils sentent le cul ! Ils sentent le cul…
Et ça ne m’a pas du tout excitée du tout ! Donc euh.. vraiment, j’suis assez certaine de pas être hétéro.

Je n’aime pas les hommes, je n’aime pas les névroses masculines, je dois déjà supporté les miennes si je pouvais m’éviter de supporter celles de quelqu’un d’autre, je pense que ça serait plus sage.

Mais par contre, sexuellement, c’est vrai que… ça m’interroge quoi. Bah c’est tellement nul avec les meufs, finalement, tu finis par.. bah… c’est… bah moi… il manque quelque chose, putain de merde.. mais quoi ? Ou alors j’ai pas rencontré « la déesse du cul » comme certaines disent ohlalala.

Qu’est-ce qui serait bien avec un homme ?

La douceur, non… mais le fait qu’il sache, si tu veux. Qu’il sache… forcément, je me dis qu’un homme sait.
S’il sait pour lui, il sait pour l’autre. Enfin, tu vois ce que je veux dire ?
Donc euh.. Plus qu’une femme. Y’a moins de mystère quoi.. parce que… une forme d’efficacité quoi. Arrêtez d’être obligée à un moment donné de… tu vois cette fameuse phase où euh… où avec la femme, elle, c’est mécanique et toi.. t..tu continues à chercher un kiff qui n’arrivera pas, t’façon, c’est clair. Qui n’arrivera plus à ce stade là. Tu te dis qu’avec un homme, t’as peut-être un chance que ça puisse perdurer ça.. Enfin que cette chose lasse.. ça.. ce soit ça le fil rouge.
Vu l’état de ma vie sexuelle, des fois j’me dis que ça serait pas une mauvaise chose d’aller tester quoi. Des fois, j’me dis que je voudrais pas rater quelque chose parce que ça se trouve, j’suis en train de passer presque à côté de ma vie…
Enfin tu vois mais.. aaah j’ai un doute, si c’est se passait bien avec les meufs, j’aurais pas de doute et pourtant, et pourtant, je pense que fondamentalement, mais bien sûr, je suis complétement lesbienne. C’est-à-dire que moi, tu vois une meuf, ça me va très bien. La confrontation des deux types de caractères me va très bien, donc c’est pas ça, donc c’est vraiment.. oui, c’est sexuel, ça m’interroge, oui.

Vous vous demandez sans doute le pourquoi de cette introduction ?
Il s’agit en fait d’un des derniers podcasts de « Solange pénètre ta vie intime« , une émission radiophonique diffusé sur le Mouv’, remanié à ma sauce.

Sur le principe, je suis une grande fan de cette émission, Solange va à la rencontre de femme pour leur donner la parole (parole qui est trop souvent rare dans les médias) avec une liberté de ton qui fait du bien à écouter. Sauf… Cette émission du 12/02/2014.

Dans ce podcast, nous retrouvons Rose qui dit qu’elle aimerait « tenter avec des meufs ».

C’est problématique car nous sommes en pleine exotisation et cela fonctionne aussi avec d’autres minorités (spéciale dédicace à toi Didier Lestrade, on te voit sur ton Tumblr) :

« L’exotisme n’est pas le propre d’un lieu ou d’un objet mais d’un point de vue et d’un discours sur ceux-ci. L’article analyse l’exotisation comme un processus de construction géographique de l’altérité propre à l’Occident colonial, qui montre une fascination condescendante pour certains ailleurs, déterminés essentiellement par l’histoire de la colonisation et des représentations. L’exotisation passe par une mise en scène de l’Autre, réduit au rang d’objet de spectacle et de marchandise – mais quelques pistes se présentent pour le dés-exotiser et lui rendre son statut d’alter ego.« 

(J’en vois déjà monter aux créneaux pour me dire que l’on a le droit d’avoir des fetishs. Okay, mais posez-vous la question de savoir d’où viennent ces fetish intrinsèquement raciste quand vous materez pour la 300eme fois une vidéo porn de Cité Beur)

Par cette exotisation, Rose fait ici preuve de lesbophobie et de misogynie intériorisée.
Et ça ne serait pas un probléme (enfin si, quand même) si je n’avais pas retrouvé ces paroles dans la bouche de plusieurs femmes cis-hétéra au cours de ma vie. Je vais essayer de décrire ce discours via ce témoignage.

En quoi est-ce de la lesbophobie ?

Les lesbiennes (et les biEs) sont ici reléguées à des objets que l’on pourrait « tester » comme bon nous semble.
Ici, on s’imagine ce que pourrait être leur sexualité avec les pires préjugés:

– « Une femme sait comment fonctionne le corps d’une autre femme »
Faux. Ce n’est pas parce que tu es bigoudou (copyright Prose) que tu sais comme par magie où se trouve le clitoris.
Et même si tu le sais, il y a mille et un moyens de prendre son pied autrement.
Comme mille et une raisons qui peuvent faire que tu ne te trouves pas en osmose sexuelle avec ta partenaire. Ça s’appelle la vie.

– « Les bigoudous seront à ma disposition si j’ai envie de tester »
Je crois que comme la plupart des mecs cis-hétéro, tu t’es cru dans un porno (coucou Kechiche).
Avec ces bies-lesbiennes fraîches et disponibles pour ton bon plaisir.

Hé bien, non, les queers* ne sont pas à ta disposition. Si t’as envie de prendre ton pied /découvrir ton corps, tu t’achètes un vibro.

– « Ça sent le cul dans les bars LGBTIQ »
Quelle perspicacité. Cette histoire me fait penser à une de mes interventions en milieu scolaire où un gars nous disait que des gays ont voulu le pécho et n’ont pas respecté son consentement en lui mettant des mains aux culs…
Tout ça pour nous avouer 10 minutes après qu’il était dans un bar gay.

Scoop du jour: Oui, les queers ont des lieux de dragues avec leurs propres codes (même si on est d’accord, y’a beaucoup de travail à faire en ce qui concerne le consentement) dans lesquelles ielles se draguent et espèrent rencontrer quelqu’unE pour une nuit, voir plus.
Autre breaking news: Les lesbiennes ont une sexualité et ont aussi envie de baiser (et pas juste envie de se toucher les genoux).

Donc si t’es hétéro et que tu rentres dans un lieu LGBTIQ, attends toi à te faire aborder. Parce que ces endroits communautaires sont les nôtres et ils sont trop rares. Ils nous aident à sociabiliser et à rencontrer d’autres personnes, sans qu’on se prenne la tête à chercher si ielle est non-disponible parce que peut-être hétéro (soit 90% du temps que nous passons à Hétéroland).
Si ça te choque, rien ne t’oblige à passer l’entrée.

– « Je n’aime pas les névroses féminines »
Voilà pour le point misogynie intériorisée, typique de la meuf qui n’aime pas les autres meufs.

– « La confrontation des deux types de caractères »
Le Djendeur a encore frappé et la vision du monde binaire aussi.

– « Fondamentalement, je suis complétement hétéro mais sexuellement ça m’interroge« .
Okay, c’est bien de se poser des questions et de se demander si on est hétérosexuelLE par défaut mais faut juste se rappeler que les bigoudous que t’aurais envie de « tester » juste pour « le fun » sont des êtres humains.
Ce qui implique qu’elles ont des sentiments, qu’elle pourrait s’attacher (ou pas hein… ça n’empêche de montrer un peu de respect)

En bref, ce témoignage me met en colère car j’en ai connu des hétéras qui voulaient relationner avec moi en prenant ça à la légère et sans en assumer les conséquences. Parce que c’est facile pour vous, de retourner à votre petite vie tranquille d’hétéra sans jamais avoir à subir le placard. Parce que nous ne seront pour vous qu’une anecdote à raconter à vos potes. Parce que vous nous voyez comme les pions d’un jeu où vous serez les seules gagnantes.

*(J’utilise « queer » ici pour ne pas utiliser non-hétéro, j’ai conscience que beaucoup de LGBTI ne se retrouve pas dans ce terme pour différentes raisons)

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