Un regard de Blanc.

Hier après-midi, j’ai assisté à une projection autour de l’adoption. A vrai dire, j’ai aidé à organiser cette projection et celles qui suivront.
L’idée étant de se réunir entre personnes adoptées, créer un réseau, peut-être dans un futur proche mener des actions.

Le premier film qui a été diffusé, et que je ne peux que vous conseiller, est « Né sous Z » de Frédérique Pollet-Rouyer.

« Est-ce qu’on avait besoin d’être sauvé ? »

Au milieu des années 1950, la France est chassée d’Indochine. C’est le début de la fin de son empire outre-mer. C’est aussi une défaite implacable qui entraîne le départ des Français et des réfugiés, parmi eux, 4 500 enfants métis, devenant des orphelins français. Robert est l’un d’eux. Comme ces enfants, oubliés de leurs pères, militaires français qui ne les avaient pas reconnus, il a été arraché à sa mère vietnamienne pour être confié à une institution en France. Plus de cinquante ans après, il décide de remonter le fil du temps pour comprendre, et de retourner sur ses traces jusqu’au Viêt-Nam. L’histoire de Robert n’est pas seulement celle d’un abandon familial, c’est le drame de la guerre. La guerre d’Indochine qui a déterminé son destin. Sa quête sera le fil conducteur grâce auquel le film racontera cet épisode trop peu connu de l’histoire française : la perte de l’Indochine.

Ce film n’est pas mon histoire mais je devais le partager.
Pour tous ces enfants oubliés. Pour tous ces enfants colonisés de l’intérieur. « Colonisé » c’est le terme.

Durant la discussion qui a eu lieu, suite à la projection du film, la réalisatrice nous a parlé de la vision de Robert sur le pays où il est né.
Ce n’était pas le sien mais c’était surtout, pour lui, un endroit en désordre, un endroit qu’il ne comprenait pas, un endroit qu’il aurait pu arranger à sa manière si il en avait eu le pouvoir. Le regard du Blanc sur une culture qui n’a pas pu être la sienne. Le regard du dominant.

Ce regard que j’ai longtemps porté sur le pays qui m’a vu naître. Pourquoi ce regard sur un pays dont je n’ai aucun souvenir ?

Parce que c’est un regard que l’on t’inculque: « Tu as été adopté parce que le pays était sous la dictature/ parce que ta mère n’avait pas de quoi te nourrir » …

Comprenez plutôt: « pour te donner une chance de vivre dans un pays civilisé, un pays où tu n’auras jamais à mendier, où tu auras la chance d’étudier »

Pourtant, l’histoire a fait que je n’ai pas fait d’études et que j’ai connu le manque d’argent.

Ce discours, mes parents l’ont tenu. Je ne leur en veux pas, ielles n’en étaient pas conscients. C’était juste le regard qu’on leur avait inculqué.

Ce regard de Blanc qui pense faire « une bonne action » en enlevant un enfant à sa terre. Ce regard de Blanc qui ne pense pas qu’on vide une terre de son sang, de sa jeunesse, de sa richesse et de ses espoirs.

Dominants, dominés. L’adoption m’a colonisé.

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2 réflexions sur “Un regard de Blanc.

  1. A reblogué ceci sur badassafrofemet a ajouté:
    De précieux mots sur l’adoption. Un témoignage qui me touche beaucoup et que je vous invite à lire. Nous avons effectivement besoin de faire de l’adoption une question politique à part entière!

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