Paroles d’adoptée… (en quelques pensées pas encore organisées)

Je suis actuellement dans un état émotionnel assez fragile. L’une des raisons principales étant tout ce travail que je fais autour de l’adoption. Autour de mon adoption. C’est assez réconfortant de savoir que l’on est pas seule au monde à se poser des questions… mais c’est aussi bouleversant de ne pas y trouver de réponse.

Depuis bientôt un mois, je me retrouve confrontée à différentes personnes, à différentes histoires. A chaque fois, je me pose la question: « Et si leur histoire était mon histoire ?« . J’en apprends tous les jours un peu plus sur les trafics d’êtres humains qui se font pas si loin de chez vous (à Versailles, pour vous donner une idée). Toujours avec la complicité de l’État et de la très sainte église Catholique.

L’état français qui s’obstine à rendre difficile d’accès ton dossier pour cacher ses ignominies. L’état français qui estime que tu n’as pas le droit à l’intégralité de ces informations par simple soucis d’intégration. L’état français qui pense à ta place et qui ne se dit pas que ça serait intéressant d’avoir accès, au moins, à un quelconque dossier médical pour prévenir d’éventuelles maladies génétiques.

J’ouvre les yeux sur les mensonges et les réalités autour de l’adoption. J’apprends à démonter les discours pro-adoption.

Parce que vous devriez réfléchir à deux fois avant de dire à unE adoptéE qu’ielle a eu de la chance. La chance ? La chance de quoi ? De ne pas avoir choisi ? Avec un tel discours, si l’adoption se passe mal parce que la famille adoptive est toxique, par exemple, vous nous enlevez le droit de la remettre en cause: « C’est mieux que rien, parce que ça si tu n’avais pas été adopté, tu serais sans doute en train de crever de faim dans la rue« . Mais qu’est-ce que vous en savez ? Le concept de chance ne vise qu’à culpabiliser les adoptéEs et les prive du droit à critiquer leur situation, du droit à être en colère.

L’adoption internationale, c’est du sexisme dans le sens où on manipule les mères biologiques qui sont souvent en état de détresse émotionnelle (femmes malades, pauvres, célibataires, violées…) pour qu’elles abandonnent leurs enfants.
Du sexisme car on préférera les adoptions plénières pour que la mère biologique ne puissent plus jamais rentrer en contact avec ses enfants. Ou réclamer des nouvelles. On coupe le lien, on efface toutes les traces d’une génitrice.

C’est du mépris de classe parce qu’on estime que des pauvres ne peuvent pas élever d’enfants. Parce que plutôt que d’aider les pays en difficultés, on leur vole leurs enfants, pour leur donner une « vie meilleure » dans des familles plus aisées financièrement.

C’est du racisme et du néo-colonialisme car les adoptions se font toujours dans le même sens: Les occidentaux blancs qui vont dans les pays du Sud pour se fournir en enfants. Jamais l’inverse. On ne va jamais favoriser l’adoption intra-Européenne (France-Belgique par exemple) et il est de plus en plus difficile d’adopter au sein même de la France.

C’est de l’âgisme, car on considère l’enfant comme un objet. Un objet qui nous ai du. Et que l’on peut les laisser tomber de nouveau si il nous sied.

Pour se donner une idée, procurez-vous ce film: http://www.traileraddict.com/mercy-mercy-a-portrait-of-a-true-adoption/trailer
Le trailer n’est pas disponible sur youtube.

C’est mettre en danger les adoptéEs car on ne se dit pas qu’un enfant adopté a subi un traumatisme de l’abandon, que ce trauma s’exprime à différentes échelles et qu’il mérite un suivi psychologique dans le but que ça ne se répercute de manière négative sur sa vie d’adulte.  Tout cela en sachant que les enfants adoptés font 4 fois plus de tentatives de suicide que les autres. Voir aussi ce lien: http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=ADO_055_0111.

Aujourd’hui, je réapprends à ne plus être blanche, à ne plus être française, à ne plus répondre au prénom « Anaïs ». J’essaie tant bien que mal de me reconnecter avec le Chili, avec la culture Mapuche. J’étudie même la possibilité de demander la nationalité chilienne.

Mais sans cesse les questions fusent et ces derniers temps, j’affronte la question la plus terrible d’entre toutes: « Et si j’étais née d’un viol ? »

Toutes les informations que je regroupe sur mon histoire vont  dans ce sens. Je sais que la personne qui m’a mise au monde a fuit dans les montagnes. Je sais que les deux enfants qui m’ont précédée dans son ventre ont été reconnu par leur père. Mais pas moi.
Je connais la situation sur l’avortement au Chili. Je suis au courant des méthodes d’intimidation qui ont lieu pendant la dictature de Pinochet.
Je sais. Je sais… Mais je ne sais pas comment y réagir. Si l’information s’avère véridique, comment dois-je le vivre ? Comment dois-je me construire avec cette histoire gravée dans mes gênes ?

J’ai encore tant de choses à affronter, à mettre à plat, à écrire. Cet article n’est que le début de mon chemin vers l’apaisement.

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2 réflexions sur “Paroles d’adoptée… (en quelques pensées pas encore organisées)

  1. Je voulais te dire que tes deux derniers posts m’ont beaucoup touché et que ta parole est importante, parce qu’il y a encore un certain vernis sur l’adoptation et un déni du whitesaviourism qui le soustend. Alors, merci et bon courage pour la suite.

  2. J’aime pas les blogs, j’ai jamais rien followé de ma vie mais je suis sur le point de lire tous tes posts. C’est ma première resolution.

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