J’en ai marre de vos corps normés.

Il y a des périodes où j’ai des difficultés avec moi-même. avec ce corps qui est le mien. Avec cette énorme masse dont je ne sais que faire.
Les rentrées scolaires, les rentrées professionnelles, les sorties dans les bars, les sorties dans le métro, les sorties hors de l’appartement.
Ouais, okay. J’ai tout le temps du mal avec moi-même.

J’ai dû mal quand je dois affronter un escalier. Marcher à la même allure que tout le monde pour ne pas ralentir les gens derrière moi, quitte à m’en niquer les rotules. Je dois toujours regarder à deux fois avant de m’asseoir sur une chaise, par peur de la casser. Parfois, je ne monte pas dans un ascenseur parce qu’il y a déjà trop de monde. Je ne supporte pas la foule du métro car il y a toujours un regard pour me dire que si je n’y étais pas, on aurait pu gagner une place. M’asseoir sur un canapé où il y a déjà des gens est une épreuve parfois, parce que je sais qu’ils vont se pousser, me laisser de la place… mais sans doute pas assez pour mes grosses cuisses et mon gros cul. Alors, j’essaye de me mettre le plus au bord du canap’. Me casser le dos certes mais me faire toute petite.
L’éléphant dans le magasin de porcelaine.

Ceci dit, j’ai un background. Gamine rondelette, ma mère a eu la bonne idée de me mettre au régime à 11ans. Bien sûr, elle est dans le déni, m’affirme encore qu’il s’agissait à l’époque de « surveiller mon alimentation », que c’était pour mon bien. Sauf qu’elle ne se souvient pas des repas qu’elle me faisait sauter au soir, les visites incessantes chez la diététicienne, les interdictions à répétitions de manger trop gras/trop sucré/trop salé et les engueulades à base de « Et quand tu feras 100kilos, tu feras quoi ? ». J’ai même eu droit à de l’homéopathie.

Résultat, plutôt que de perdre de la graisse, je me suis cachée derrière. Une psy m’a dit un jour que c’était un moyen de tenir les gens éloigné de moi. Physiquement éloigné.

Aujourd’hui, j’essaye de dealer avec mes « troubles du comportement alimentaire ». Le grand nom scientifique, c’est l’hyperphagie. Moi j’appelle ça: m’étouffer avec du gras jusqu’à sentir mon ventre sur le point d’exploser.
Clairement, ça s’est calmé par rapport à mon adolescence marquée par l’auto-destruction. Le fait d’être végétarienne-tendance vegan depuis 1an aide pas mal. Pas que je ne peux pas m’empiffrer de gras (pro tip: les frites c’est vegan)… mais le fait d’avoir à disposition des produits qui mettent du temps à être préparé/cuisiné m’aide à y réfléchir à deux fois avant d’engloutir tout ce qui passe.

L’autre truc qui m’a aidé à modifié mon regard ces dernières années, c’est d’évoluer dans des milieux où l’on a mis des mots sur les normes qui sont les nôtres, sur ces « beautés fatales » inatteignables. Des endroits où l’on m’a fait découvrir le body positivism.

Pourtant, j’ai vite compris que la pensée politique, en France, n’allait pas forcément plus loin que les belles paroles.

Parce que je vous observe, je vois vos textes, vos tumblr sex-positif, je vous vois tourner vos films, partager vos photos, je vous vois relationner…
Et en toute inconscience, vous ne vous rendez pas compte que vos imaginaires sont remplis d’égéries minces, maigres, frêles, fines, sveltes .
Des corps que vous aimez, désirez, mettez en avant sur vos scènes alternatives. Vous arborez fièrement vos nouveaux binders quand je ne sais plus quoi faire de ma poitrine et de mon bide. Vous organisez des friperies où les tailles ne dépassent pas le 46.

Vous parlez de jouer avec le genre, d’éclater les limites quand il est difficile pour une personne comme moi de:
– trouver des fringues
– trouver des fringues masculines qui m’aillent
– trouver des fringues masculines qui m’aillent, sans me ruiner

Mais sachez que si dans ce texte, je vous fait la morale, je ne vous en veux pas car j’ai moi aussi intégré cette façon de voir le monde en poids plume.

Sauf qu’aujourd’hui, je peux vous le dire: vos imaginaires m’emmerdent, vos imaginaires m’ennuient. Ils sont trop petits, trop étroits, trop limités, trop blancs, trop ciscentrés. Aujourd’hui, je peux vous dire que j’ai le droit de prendre de la place, j’ai le droit d’aimer, d’être aimée, d’être désirée et d’exister.

J’ai le droit de vous dire que j’en ai marre de vos corps normés.

Love your body the way your mother loved your baby feet

And brother arm wrapping shoulders, and remember
This is important

You are worth more than who you fuck
You are worth more than a waistline
You are worth more than beer bottles displayed like drunken artifacts.
You are worth more than any naked body could proclaim in the shadows,
More than a man’s whim or your father’s mistake
You are no less valuable as a size 16 than a size 4
You are no less valuable as a 32a than a 36c
Your sexiness is defined by concentric circles within your wood
It is wisdom
You are a goddamn tree stump with leaves sprouting out
Reborn

[TW: Suicide, auto-mutilation]

Un regard de Blanc.

Hier après-midi, j’ai assisté à une projection autour de l’adoption. A vrai dire, j’ai aidé à organiser cette projection et celles qui suivront.
L’idée étant de se réunir entre personnes adoptées, créer un réseau, peut-être dans un futur proche mener des actions.

Le premier film qui a été diffusé, et que je ne peux que vous conseiller, est « Né sous Z » de Frédérique Pollet-Rouyer.

« Est-ce qu’on avait besoin d’être sauvé ? »

Au milieu des années 1950, la France est chassée d’Indochine. C’est le début de la fin de son empire outre-mer. C’est aussi une défaite implacable qui entraîne le départ des Français et des réfugiés, parmi eux, 4 500 enfants métis, devenant des orphelins français. Robert est l’un d’eux. Comme ces enfants, oubliés de leurs pères, militaires français qui ne les avaient pas reconnus, il a été arraché à sa mère vietnamienne pour être confié à une institution en France. Plus de cinquante ans après, il décide de remonter le fil du temps pour comprendre, et de retourner sur ses traces jusqu’au Viêt-Nam. L’histoire de Robert n’est pas seulement celle d’un abandon familial, c’est le drame de la guerre. La guerre d’Indochine qui a déterminé son destin. Sa quête sera le fil conducteur grâce auquel le film racontera cet épisode trop peu connu de l’histoire française : la perte de l’Indochine.

Ce film n’est pas mon histoire mais je devais le partager.
Pour tous ces enfants oubliés. Pour tous ces enfants colonisés de l’intérieur. « Colonisé » c’est le terme.

Durant la discussion qui a eu lieu, suite à la projection du film, la réalisatrice nous a parlé de la vision de Robert sur le pays où il est né.
Ce n’était pas le sien mais c’était surtout, pour lui, un endroit en désordre, un endroit qu’il ne comprenait pas, un endroit qu’il aurait pu arranger à sa manière si il en avait eu le pouvoir. Le regard du Blanc sur une culture qui n’a pas pu être la sienne. Le regard du dominant.

Ce regard que j’ai longtemps porté sur le pays qui m’a vu naître. Pourquoi ce regard sur un pays dont je n’ai aucun souvenir ?

Parce que c’est un regard que l’on t’inculque: « Tu as été adopté parce que le pays était sous la dictature/ parce que ta mère n’avait pas de quoi te nourrir » …

Comprenez plutôt: « pour te donner une chance de vivre dans un pays civilisé, un pays où tu n’auras jamais à mendier, où tu auras la chance d’étudier »

Pourtant, l’histoire a fait que je n’ai pas fait d’études et que j’ai connu le manque d’argent.

Ce discours, mes parents l’ont tenu. Je ne leur en veux pas, ielles n’en étaient pas conscients. C’était juste le regard qu’on leur avait inculqué.

Ce regard de Blanc qui pense faire « une bonne action » en enlevant un enfant à sa terre. Ce regard de Blanc qui ne pense pas qu’on vide une terre de son sang, de sa jeunesse, de sa richesse et de ses espoirs.

Dominants, dominés. L’adoption m’a colonisé.

Les hétéras, ces lesbophobes qui s’ignorent.

Je pense que je n’aime pas les mecs. Moi je suis trop compliquée, j’suis une fille, j’veux pas d’un mec cishet dans les pattes, non mais merci bien, non mais merci le drame. Par contre, je me dis : est-ce que sexuellement, c’est pas plus épanouissant un mec cishet ?
Moi qui me… tu vois ? Je l’ai dis même à ma chérie, j’lui dis.. voilà, moi j’te dis… si j’ai envie de faire ça avec un mec cishet, si ça se présente et si ça me dit bien sûr… je pense que je le ferai hein. Bah pour pas mourir idiote.
Puis peut-être d’être mieux comprise, ouais, y’a un truc comme ça.

As-tu déjà eu des flirts, des propositions ?

Non, non jamais. Euh.. Par contre, j’ai des amis cis-hétéros donc peut-être que j’oserai leur en parler à eux. Leur dire: « voilà emmène-moi quelque part, allez vas-y que j’vois… »

Mais je suis déjà rentrée dans un lieu hétéro pour les accompagner à une soirée et j’ai été un petit peu choquée.
Enfin choquée, non, c’est pas vrai, je dramatise ma vie, c’est pas vrai. J’ai pas été choquée, par contre j’ai été marquée.
J’suis rentrée dans le lieu, j’aime autant dire que les regards qui se posent sur toi… d’hommes… bah t’es pas du tout habituée déjà… Et c’est comme les meufs. Attention.
Ça veut dire qu’ils te regardent et ça fait flipper, tu sais dans la rue t’es pas du tout habituée à ce qu’un mec… tu peux en croiser un à l’occasion, tu vas sentir que… il te regarde, y’a peut-être quelque chose.Alors là, vraiment, ce sont des prédateurs.
On est vraiment dans le regard appuyé, long… Donc on est.. moi, j’suis pas du tout habituée à ce qu’un mec cis-het me regarde de cette manière là.. Ah tu sens le cul.. Ils sentent le cul ! Ils sentent le cul…
Et ça ne m’a pas du tout excitée du tout ! Donc euh.. vraiment, j’suis assez certaine de pas être hétéro.

Je n’aime pas les hommes, je n’aime pas les névroses masculines, je dois déjà supporté les miennes si je pouvais m’éviter de supporter celles de quelqu’un d’autre, je pense que ça serait plus sage.

Mais par contre, sexuellement, c’est vrai que… ça m’interroge quoi. Bah c’est tellement nul avec les meufs, finalement, tu finis par.. bah… c’est… bah moi… il manque quelque chose, putain de merde.. mais quoi ? Ou alors j’ai pas rencontré « la déesse du cul » comme certaines disent ohlalala.

Qu’est-ce qui serait bien avec un homme ?

La douceur, non… mais le fait qu’il sache, si tu veux. Qu’il sache… forcément, je me dis qu’un homme sait.
S’il sait pour lui, il sait pour l’autre. Enfin, tu vois ce que je veux dire ?
Donc euh.. Plus qu’une femme. Y’a moins de mystère quoi.. parce que… une forme d’efficacité quoi. Arrêtez d’être obligée à un moment donné de… tu vois cette fameuse phase où euh… où avec la femme, elle, c’est mécanique et toi.. t..tu continues à chercher un kiff qui n’arrivera pas, t’façon, c’est clair. Qui n’arrivera plus à ce stade là. Tu te dis qu’avec un homme, t’as peut-être un chance que ça puisse perdurer ça.. Enfin que cette chose lasse.. ça.. ce soit ça le fil rouge.
Vu l’état de ma vie sexuelle, des fois j’me dis que ça serait pas une mauvaise chose d’aller tester quoi. Des fois, j’me dis que je voudrais pas rater quelque chose parce que ça se trouve, j’suis en train de passer presque à côté de ma vie…
Enfin tu vois mais.. aaah j’ai un doute, si c’est se passait bien avec les meufs, j’aurais pas de doute et pourtant, et pourtant, je pense que fondamentalement, mais bien sûr, je suis complétement lesbienne. C’est-à-dire que moi, tu vois une meuf, ça me va très bien. La confrontation des deux types de caractères me va très bien, donc c’est pas ça, donc c’est vraiment.. oui, c’est sexuel, ça m’interroge, oui.

Vous vous demandez sans doute le pourquoi de cette introduction ?
Il s’agit en fait d’un des derniers podcasts de « Solange pénètre ta vie intime« , une émission radiophonique diffusé sur le Mouv’, remanié à ma sauce.

Sur le principe, je suis une grande fan de cette émission, Solange va à la rencontre de femme pour leur donner la parole (parole qui est trop souvent rare dans les médias) avec une liberté de ton qui fait du bien à écouter. Sauf… Cette émission du 12/02/2014.

Dans ce podcast, nous retrouvons Rose qui dit qu’elle aimerait « tenter avec des meufs ».

C’est problématique car nous sommes en pleine exotisation et cela fonctionne aussi avec d’autres minorités (spéciale dédicace à toi Didier Lestrade, on te voit sur ton Tumblr) :

« L’exotisme n’est pas le propre d’un lieu ou d’un objet mais d’un point de vue et d’un discours sur ceux-ci. L’article analyse l’exotisation comme un processus de construction géographique de l’altérité propre à l’Occident colonial, qui montre une fascination condescendante pour certains ailleurs, déterminés essentiellement par l’histoire de la colonisation et des représentations. L’exotisation passe par une mise en scène de l’Autre, réduit au rang d’objet de spectacle et de marchandise – mais quelques pistes se présentent pour le dés-exotiser et lui rendre son statut d’alter ego.« 

(J’en vois déjà monter aux créneaux pour me dire que l’on a le droit d’avoir des fetishs. Okay, mais posez-vous la question de savoir d’où viennent ces fetish intrinsèquement raciste quand vous materez pour la 300eme fois une vidéo porn de Cité Beur)

Par cette exotisation, Rose fait ici preuve de lesbophobie et de misogynie intériorisée.
Et ça ne serait pas un probléme (enfin si, quand même) si je n’avais pas retrouvé ces paroles dans la bouche de plusieurs femmes cis-hétéra au cours de ma vie. Je vais essayer de décrire ce discours via ce témoignage.

En quoi est-ce de la lesbophobie ?

Les lesbiennes (et les biEs) sont ici reléguées à des objets que l’on pourrait « tester » comme bon nous semble.
Ici, on s’imagine ce que pourrait être leur sexualité avec les pires préjugés:

– « Une femme sait comment fonctionne le corps d’une autre femme »
Faux. Ce n’est pas parce que tu es bigoudou (copyright Prose) que tu sais comme par magie où se trouve le clitoris.
Et même si tu le sais, il y a mille et un moyens de prendre son pied autrement.
Comme mille et une raisons qui peuvent faire que tu ne te trouves pas en osmose sexuelle avec ta partenaire. Ça s’appelle la vie.

– « Les bigoudous seront à ma disposition si j’ai envie de tester »
Je crois que comme la plupart des mecs cis-hétéro, tu t’es cru dans un porno (coucou Kechiche).
Avec ces bies-lesbiennes fraîches et disponibles pour ton bon plaisir.

Hé bien, non, les queers* ne sont pas à ta disposition. Si t’as envie de prendre ton pied /découvrir ton corps, tu t’achètes un vibro.

– « Ça sent le cul dans les bars LGBTIQ »
Quelle perspicacité. Cette histoire me fait penser à une de mes interventions en milieu scolaire où un gars nous disait que des gays ont voulu le pécho et n’ont pas respecté son consentement en lui mettant des mains aux culs…
Tout ça pour nous avouer 10 minutes après qu’il était dans un bar gay.

Scoop du jour: Oui, les queers ont des lieux de dragues avec leurs propres codes (même si on est d’accord, y’a beaucoup de travail à faire en ce qui concerne le consentement) dans lesquelles ielles se draguent et espèrent rencontrer quelqu’unE pour une nuit, voir plus.
Autre breaking news: Les lesbiennes ont une sexualité et ont aussi envie de baiser (et pas juste envie de se toucher les genoux).

Donc si t’es hétéro et que tu rentres dans un lieu LGBTIQ, attends toi à te faire aborder. Parce que ces endroits communautaires sont les nôtres et ils sont trop rares. Ils nous aident à sociabiliser et à rencontrer d’autres personnes, sans qu’on se prenne la tête à chercher si ielle est non-disponible parce que peut-être hétéro (soit 90% du temps que nous passons à Hétéroland).
Si ça te choque, rien ne t’oblige à passer l’entrée.

– « Je n’aime pas les névroses féminines »
Voilà pour le point misogynie intériorisée, typique de la meuf qui n’aime pas les autres meufs.

– « La confrontation des deux types de caractères »
Le Djendeur a encore frappé et la vision du monde binaire aussi.

– « Fondamentalement, je suis complétement hétéro mais sexuellement ça m’interroge« .
Okay, c’est bien de se poser des questions et de se demander si on est hétérosexuelLE par défaut mais faut juste se rappeler que les bigoudous que t’aurais envie de « tester » juste pour « le fun » sont des êtres humains.
Ce qui implique qu’elles ont des sentiments, qu’elle pourrait s’attacher (ou pas hein… ça n’empêche de montrer un peu de respect)

En bref, ce témoignage me met en colère car j’en ai connu des hétéras qui voulaient relationner avec moi en prenant ça à la légère et sans en assumer les conséquences. Parce que c’est facile pour vous, de retourner à votre petite vie tranquille d’hétéra sans jamais avoir à subir le placard. Parce que nous ne seront pour vous qu’une anecdote à raconter à vos potes. Parce que vous nous voyez comme les pions d’un jeu où vous serez les seules gagnantes.

*(J’utilise « queer » ici pour ne pas utiliser non-hétéro, j’ai conscience que beaucoup de LGBTI ne se retrouve pas dans ce terme pour différentes raisons)

Comment accompagner une victime de viol ou d’agression sexuelle? [Outils et ressources]

J’hésite depuis hier soir à écrire ce post. J’ai entamé une formation hier avec l’Echappée, collectif de lutte contre les violences sexistes et sexuelle de Lille. Comme vous pouvez le voir sur leur blog, c’est un collectif qui s’est spécialisé entre autres dans l’accompagnement des victimes de viol.

Le collectif a décidé d’organiser cette formation au « J’en suis, j’y reste » (centre LGBTIQ-Féministe de Lille) car en tant qu’espace d’accueil, nous sommes parfois confrontés à des personnes qui ont besoin d’être soutenues voir redirigées vers des structures spécifiques mais qui ont avant tout besoin d’être écouté.

Je me permets donc d’écrire ici, la marche à suivre (le BABA) (sachant que je suis pas une spécialiste) mais je crois sincèrement que ces informations devraient être à la portée de touTEs. Surtout quand on sait qu’une femme sur cinq va être victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie.

Ce que je vais vous donner, ce sont avant tout des outils et des ressources et vont se diviser en 4 points:
I. Chiffres et préjugés courants.
II. Les définitions légales des viols et agressions sexuelles + Délai de prescription
III. Comment accueillir une personne victime de viol ou d’agression sexuelle ?
IV. Les liens et numéros utiles

Ce texte ne demande qu’à évoluer, libre à vous d’apporter votre pierre à l’édifice.
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Une des premières choses à se dire, c’est que si une personne vient vous parler de son agression, c’est qu’elle a confiance en vous et cela implique donc certaines responsabilités.

Mais vous avez aussi le droit de ne pas vous mettre en échec si vous ne vous sentez pas capable d’écouter certains propos (parce que ce n’est pas le cadre, vous ne vous sentez pas assez fortE, etc…). Ce n’est pas grave, c’est humain. Et si tel est le cas, c’est toujours bon de faire appel à quelqu’un d’autre, de pouvoir rediriger vers des numéros de ligne d’écoute (où les intervenantEs sont forméEs pour ces situations), de structures spécialisées, voire de médecins.

L’important est de toujours croire la personne (de le lui dire) et lui faire savoir que vous êtes prêtE à la soutenir, même si vous vous sentez incapable de gérer la situation seulE.

I. Chiffres et Préjugés Courants

Pour croire la personne, il faut aller au delà de ses préjugés.
C’est pourquoi je vais commencer par quelques chiffres/préjugés courants.

Les chiffres: 1 Femme sur 5 sera victime de viol et/ou de tentative de viol au cours de sa vie (chiffre fourni par l’OMS).
Les études s’accordent à dire qu’il y a environ 70 000 femmes qui sont violées en France chaque années. Avec 90 % d’auteurs masculin pour 90 % de victimes féminines. Même si ces pourcentages peuvent être faussés car les hommes victimes de viols ont énormément de mal à témoigner.

Les préjugés: D’après les témoignages recueillis depuis des années par les lignes d’écoute, on sait que la très grande majorité des viols sont commis par un proche, en grande partie sur des mineurEs, au domicile de l’agresseur et de jour.
Contrairement à ce que certaines productions racistes voudraient nous faire croire ( « l’agresseur arabe Violeur – Voileur – Auteur de tournantes dans les banlieues ») n’est pas du tout fondé car toutes les couches de la société sont touchées, tout comme toutes les couleurs de peau.
Les agresseurs sont d’ailleurs très souvent bien intégrés dans la société (personne ayant un travail, marié … ).

Ce que l’ont peut constater par contre, c’est que les agresseurs issus d’un milieu aisé sont peu représentés dans les tribunaux (les cadres sup ou fameux auteurs en cols blancs).

Autre préjugés: L’action est la plupart du temps préméditée.
Bien loin des clichés sur un éventuel coup de folie incontrôlable.

Enfin, les viols sont surtout commis sur des personnes âgées de moins de 18 ans, voir même avant 14 ans. Les victimes filles seront avant tout confrontés à des violences répétées car celles-ci se passeront très souvent dans le cadre familial.

II. Les Définitions Légales des Viols/ Agressions Sexuelles et délai de prescription.

Il faut être capable de donner une définition légale du viol et de l’agression sexuelle et savoir ce que ça implique sur le plan juridique:

Définition légale du viol: C’est un crime → Droit pénal : le tribunal compétent est la cour d’assises. (peine minimale : 10 ans de peine privative de liberté – art. 131-1 et 131-2 du Code Pénal)

Tout acte de pénétration sexuel → Objets, doigts, fellation forcée (ça n’est le cas que depuis 1997, même si remis en cause depuis 2001, ici, tout dépendra des jurisprudences), la pénétration anale (qui n’est reconnue que depuis 1993, même si elle passe avant tout pour une pratique « barbare » – sexisme/homophobie, vous avez dit?)
Commise sur la personne d’autrui avec violence, contrainte, menace, surprise
Ceci désigne les moyens employés par l’agresseur pour imposer sa volonté, au mépris du refus ou de l’âge de la victime ; c’est le non-consentement ou l’abus de minorité qui caractérisent le viol.

Les contraintes psychologiques et verbales sont assez dures à prouver, tout dépendra des juges/jurisprudences.

Le viol conjugal est reconnu depuis 1994 comme circonstances aggravantes.

Définition légale des agressions sexuelles: Ce sont des délits –> Droit pénal: le tribunal compétent est le tribunal correctionnel (les peines sont plus légères – art. 131-3 du Code Pénal)

Toutes atteintes sexuelles autres que le viol → Exhibitionnisme, masturbation imposée, harcélement, exposition à du matériel pornographique, proxénétisme, bizutage

Commises avec violence, contrainte, menace ou surprise.

Le délit d’atteinte sexuelle est constitué même s’il est commis sans violence, contrainte, menace ni surprise, dès lors que la victime est un(e) mineur(e) de moins de 15 ans.
Si la victime est âgée de 15 à 18 ans, le délit d’atteinte sexuelle n’est constitué que lorsqu’il est commis par un ascendant, une personne ayant autorité ou abusant de l’autorité que lui confèrent ses fonctions.

Les circonstances aggravantes sont
– si les violences viennent d’une personne ayant autorité/un ascendant sur la victime
– si les violences viennent d’une personne de la famille, du conjoint, d’un ex-conjoint
– si les violences sont commises en réunion/ avec d’autres violences/ via usage de drogues et d’alcool/ en raison de l’orientation sexuelle.

Les menaces peuvent être dénoncées et exprimées lors d’un dépôt de plainte, car la police/les juges en tiendront compte.

La prescription :
Pour ce qui est du viol: jusqu’à 10 ans à compter des faits quand on a été victime adulte.
Exemple: vous avez été victime à 19 ans, vous pouvez porter plainte jusqu’à 29 ans.

Quand on a été victime mineure : jusqu’à 20 ans à partir de la majorité.
Exemple : si vous avez été victime à 14 ans, à partir de vos 18 ans, vous aurez 20 ans pour porter plainte (soit jusqu’à 38 ans)
Si le viol a été commis avant 2004, mieux vaut se renseigner auprès d’unE juriste à cause d’un conflit de rétroactivité dans la loi.

Pour les autres agressions sexuelles :
Pour les victimes adultes : 3 ans à compter des faits.
Pour les victimes mineures : 10 ans à partir de majorité (jusqu’à 28 ans).

Pourquoi cette différence entre les cas des adultes et ceux des mineurEs ?
Parce qu’il y a reconnaissance de l’amnésie traumatique.

Lors d’un événement traumatique, le cerveau pour se protéger décide d’oublier l’événement et ne l’intègre pas à sa biographie. C’est pourquoi certaines personnes ne se souviennent de leurs agressions que suite à un autre événement violent (par exemple, un accident de voiture).

Autre fait intéressant sur les psycho-trauma et qui prouvent à quel point c’est important d’être bien entouré : si les faits peuvent être racontés dans les 12h à 24h, une personne ne développera pas de trouble psychotraumatique.

Un article wikipédia sur les troubles de stress post-traumatique après un viol : http://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_stress_post-traumatique_apr%C3%A8s_un_viol

III. Comment accueillir une personne victime de viol ou d’agression sexuelle ?

Maintenant, je vais pouvoir vous présenter le début de la trame d’écoute et d’accueil utilisée par des associations féministes, qui je pense, peuvent être à la portée de touTEs:

– Il faut la croire. On ne remet pas en doute quoi que ce soit. On ne minimise pas, on ne généralise pas, on ne banalise pas. Il faut prendre en compte son évaluation des faits et ne pas réajuster à ses propres normes.
Exemple : ne pas considérer comme mineures certaines formes d’agression sexuelle (exhibitionnisme, masturbation, exposition à de la pornographie…)

– L’écoute implique disponibilité, attention et respect de ce qui est dit, tout en aidant la personne à affronter la réalité de l’agression. Il faut accepter son anxiété, sa douleur, sa colère. Il ne faut pas « consoler » (pas de pitié compatissante).

– Il faut veiller à ce que la personne soit, se sente en sécurité.
Exemple : lui dire que vous aller fermer la porte à clé mais que si elle ressent le besoin de sortir, les clés sont toujours sur la porte d’entrée. Lui faire visiter les lieux, lui montrer les sorties possibles.

– Aider la victime à confronter la réalité de l’agression, tout en respectant son rythme et nos limites, Rappel: nous ne sommes ni psychologue, ni psychiatre.

– Travailler à une clarification de ses émotions, réactions, sentiments.

1. Exposer brièvement la fonction et les objectifs de l’instance qui réalise accueil et écoute : préciser son rôle, voir donner un cadre. Exemple : « on peut en parler pendant une heure »

Lui préciser les possibilités et les limites de notre actions : ça sera à elle de prendre à charge ses décisions. A elle de dire quand elle veut porter plainte, aller chez le médecin. La personne doit redevenir l’actrice-l’acteur de sa vie et se réapproprier son histoire.

2. Demander à la personne accueillie de définir ses priorités dans sa demande d’aide : lui apporter un début de réponse. Par exemple, lui donner la définition judiciaire de son agression, lui parler de la prescription et des possibilités de soins adaptés.

Il y a un protocole d’urgence qui est parfois difficile à aborder mais qui est important si la personne vient d’être agressée :

– Lui demander si l’agression a eu lieu il y a moins de 3 jours
→ Cette question servira pour:
– prévenir tout risque de grossesse (pour prendre la pilule du lendemain, jusqu’à 72h)
– se rendre aux urgences et prendre un traitement post-exposition de l’infection au VIH (jusqu’à 48h)

– Lui demander son âge.
→ Si vous êtes adulte et que la victime est mineure, vous êtes tenu de faire un signalement à la police.

3. Essayer de faire un bilan pratique : où est-ce qu’elle habite ? Est-ce qu’il y a des gens pour la soutenir ? A-t-elle vu un médecin? a t-il fait le nécessaire? (voir protocole d’urgence) Veut-elle porter plainte ?

Ce ne sont que des exemples de questions possible. Vous n’avez pas à toutes les poser, il faut suivre le rythme de la personne.

Même si elle ne veut pas porter plainte, le mieux est quand même d’essayer de la diriger vers un médecin qui pourra « consigner l’événement » et qui facilitera les démarches de la victime si elle décide de porter plainte dans 1 an, 5 ans, 8 ans…

4. La renseigner sur les lieux de prise en charge : psychologique, sociale, judiciaire, médicale, ceci de façon circonstanciée qui favorise la possibilité d’y recourir. Il ne suffit pas de distribuer l’information elle est rarement assimilable telle quelle. Il importe d’engager un échange sur l’opportunité de telle démarche, sur son intérêt, sur le moment où elle peut devenir réalisable.

Et l’informer sur les procédures et recours possibles en prenant garde à ne pas évincer le risque toujours présent d’une suite judiciaire qui ne réponde pas aux aspirations de la victime. Replacer le travail d’enquête policière et judiciaire dans le cadre général de la loi en expliquant les processus d’instruction et d’enquête à charge et à décharge.

Je ne vais pas expliciter le reste car il s’agit de pratique de personnes qui ont été formés sur le long terme à écouter et prendre en charge des victimes de viol et d’agressions sexuelles.

IV. Les liens et numéros utiles.

Je crois que ces quelques points devraient suffire. Si néanmoins vous souhaitez approfondir, il existe des sites comme celui du Collectif Féministe contre le Viol où j’ai pioché quelques infos: http://www.cfcv.asso.fr/viol-femmes-informations/c2,accompagner-une-victime.php

Ainsi que le site du gouvernement sur les violences faites aux femmes :
http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/-Votre-situation-.html

. Le numéro vert de SOS Viol Femmes Informations : 0 800 05 95 95
. Violences Femmes Info (appel gratuit d’un téléphone fixe) au 3919
http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/
Du lundi au samedi, de 8h à 22h – Les jours fériés de 10h à 20h (sauf les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre)
. L’Echappée, collectif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles – basé à Lille:
http://lechappee.over-blog.com
06.30.89.27.33.
. S.O.S. Viol – Collectif Féministe contre le Viol – basé à Marseille
http://www.sosviol.com/sos/pages/home.php?rub=0&srub=0
102. Cours Lieutaud – 13006 MARSEILLE
Téléphone écoute téléphonique : 04 91 33 16 60

De l’utilité d’un pisse-debout. [DIY]

Note de l’auteure: cet article va s’adresser aux meufs cis détentrices de chattes et aux mecs trans non-opérés.

La rue est le fief des mâles. C’est pas moi qui le dit, c’est le Monde: http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/10/04/la-rue-fief-des-males_1770418_3246.html

Si les meufs doivent subir à longueur de temps le harcèlement dans l’espace public, il y a aussi une autre pression qu’elles doivent subir: la tyrannie des toilettes.

Je fais partie de ces personnes qui détestent aller pisser dans les lieux publics. Je suis capable d’attendre des heures pour pouvoir uriner tranquille chez moi. Déjà parce que je suis hypocondriaque et enfin parce que les chiottes publics sont la plupart du temps dégueulasses.
C’est aussi pourquoi je suis le genre à raquer un café (enfin une menthe à l’eau) dans un bar pour pouvoir utiliser des toilettes, que j’espère un minimum entretenu.

J’admire sincèrement les meufs qui arrivent à pisser entre deux voitures sans s’en mettre une goutte sur les godasses. Mais je ne vois pas pourquoi moi, je devrais faire un km pour pisser mon trop plein de bière (et donc être plus vulnérable avec mon froc baissé) quand ces messieurs trouvent plus facilement des pissotières ou un coin de mur pour se soulager.

C’est la triste loi de la Nature me direz-vous. Et bien non, puisque depuis quelques mois, j’ai en ma possession une merveille technologique: le « Pisse-Debout« .

Joie et bénédiction sur ce bout de plastique

Joie et bénédiction sur ce bout de plastique

Voilà, vous avez le choix devant vous: acheter un pisse-debout (on le retrouvera sur Internet ou dans les magasins de sport pour la somme de 6-7 euros) ou fabriquer le vôtre.

Alors si vous vous sentez l’âme de Bobette le Bricoleur, il vous faut:

Un cintre comme celui-ci (avec extrémité large)
Un cintre comme celui-ci

Une scie à métaux
scie à metaux

Du papier de verre (de préférence avec un grain capable de venir à bout des aspérités du plastique)
papier-de-verre1

Un cutter
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Un briquet (rose de préférence)
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(non, je déconne)

Diverses matières pour personnaliser la bête: De la colle, des tissus divers, de la peinture ou de la bombe, acrylique (de préférence une, adaptée au plastique), des perles, des plumes, des paillettes, etc.

Donc vous prenez votre scie à métaux et découpez les deux bras du cintre. Il faut qu’ils soient assez long pour éviter de vous retrouvez avec de la pisse sur les pompes. Test assez simple: passez le cintre entre vos jambes pour définir la longueur qui vous semble idéale.

Les cintres ont souvent des petits bitoniots comme celui-ci:

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Ils sont une plaie à enlever. C’est là qu’intervient le briquet.
Brûlez-le quelques secondes, le temps de le rendre mou et découpez-en un maximum au cutter. Une fois la plus grande partie enlevée, on ponce l’intérieur au papier de verre.

Le but? Le rendre le plus lisse possible, cela évitera à des bactéries de s’incruster et facilitera le nettoyage.
Vous pouvez aussi poncer l’extérieur pour enlever le vernis et le personnaliser plus facilement.

Cela vous donnera ce résultat:
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L’idée sera d’avoir un pisse-debout fonctionnel (avec peu de déco, hormis la peinture) et l’autre pour vous amuser et l’exposer à la vue de tous.
Quelques idées pour vous inspirer:
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Pour l’utiliser, rien de plus simple:
On place le pisse debout entre le jambe, collé au périnée, on se penche vers l’avant et on s’adonne au plaisir de pisser debout.
Pour le nettoyage, rien de plus simple, eau et savon suffisent.

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Et voilà, avec un peu d’entraînement sous la douche – si vous n’êtes pas très sûre de vous – vous pourrez dire au revoir aux coins sombres mal éclairés et écrire votre prénom dans la neige.

Ciao les toilettes turques des aires d’autoroute, vous voilà fin prête à vous réappropriez la rue.

Comme d’hab, on remercie les Flamands Roses.

Le collectif Urban Porn a fait un résumé (et une vidéo) du premier atelier des Flamands Roses « Fabrique et Customise ton pisse-debout » –> http://www.urbanporn.org/?p=555