Les hétéras, ces lesbophobes qui s’ignorent.

Je pense que je n’aime pas les mecs. Moi je suis trop compliquée, j’suis une fille, j’veux pas d’un mec cishet dans les pattes, non mais merci bien, non mais merci le drame. Par contre, je me dis : est-ce que sexuellement, c’est pas plus épanouissant un mec cishet ?
Moi qui me… tu vois ? Je l’ai dis même à ma chérie, j’lui dis.. voilà, moi j’te dis… si j’ai envie de faire ça avec un mec cishet, si ça se présente et si ça me dit bien sûr… je pense que je le ferai hein. Bah pour pas mourir idiote.
Puis peut-être d’être mieux comprise, ouais, y’a un truc comme ça.

As-tu déjà eu des flirts, des propositions ?

Non, non jamais. Euh.. Par contre, j’ai des amis cis-hétéros donc peut-être que j’oserai leur en parler à eux. Leur dire: « voilà emmène-moi quelque part, allez vas-y que j’vois… »

Mais je suis déjà rentrée dans un lieu hétéro pour les accompagner à une soirée et j’ai été un petit peu choquée.
Enfin choquée, non, c’est pas vrai, je dramatise ma vie, c’est pas vrai. J’ai pas été choquée, par contre j’ai été marquée.
J’suis rentrée dans le lieu, j’aime autant dire que les regards qui se posent sur toi… d’hommes… bah t’es pas du tout habituée déjà… Et c’est comme les meufs. Attention.
Ça veut dire qu’ils te regardent et ça fait flipper, tu sais dans la rue t’es pas du tout habituée à ce qu’un mec… tu peux en croiser un à l’occasion, tu vas sentir que… il te regarde, y’a peut-être quelque chose.Alors là, vraiment, ce sont des prédateurs.
On est vraiment dans le regard appuyé, long… Donc on est.. moi, j’suis pas du tout habituée à ce qu’un mec cis-het me regarde de cette manière là.. Ah tu sens le cul.. Ils sentent le cul ! Ils sentent le cul…
Et ça ne m’a pas du tout excitée du tout ! Donc euh.. vraiment, j’suis assez certaine de pas être hétéro.

Je n’aime pas les hommes, je n’aime pas les névroses masculines, je dois déjà supporté les miennes si je pouvais m’éviter de supporter celles de quelqu’un d’autre, je pense que ça serait plus sage.

Mais par contre, sexuellement, c’est vrai que… ça m’interroge quoi. Bah c’est tellement nul avec les meufs, finalement, tu finis par.. bah… c’est… bah moi… il manque quelque chose, putain de merde.. mais quoi ? Ou alors j’ai pas rencontré « la déesse du cul » comme certaines disent ohlalala.

Qu’est-ce qui serait bien avec un homme ?

La douceur, non… mais le fait qu’il sache, si tu veux. Qu’il sache… forcément, je me dis qu’un homme sait.
S’il sait pour lui, il sait pour l’autre. Enfin, tu vois ce que je veux dire ?
Donc euh.. Plus qu’une femme. Y’a moins de mystère quoi.. parce que… une forme d’efficacité quoi. Arrêtez d’être obligée à un moment donné de… tu vois cette fameuse phase où euh… où avec la femme, elle, c’est mécanique et toi.. t..tu continues à chercher un kiff qui n’arrivera pas, t’façon, c’est clair. Qui n’arrivera plus à ce stade là. Tu te dis qu’avec un homme, t’as peut-être un chance que ça puisse perdurer ça.. Enfin que cette chose lasse.. ça.. ce soit ça le fil rouge.
Vu l’état de ma vie sexuelle, des fois j’me dis que ça serait pas une mauvaise chose d’aller tester quoi. Des fois, j’me dis que je voudrais pas rater quelque chose parce que ça se trouve, j’suis en train de passer presque à côté de ma vie…
Enfin tu vois mais.. aaah j’ai un doute, si c’est se passait bien avec les meufs, j’aurais pas de doute et pourtant, et pourtant, je pense que fondamentalement, mais bien sûr, je suis complétement lesbienne. C’est-à-dire que moi, tu vois une meuf, ça me va très bien. La confrontation des deux types de caractères me va très bien, donc c’est pas ça, donc c’est vraiment.. oui, c’est sexuel, ça m’interroge, oui.

Vous vous demandez sans doute le pourquoi de cette introduction ?
Il s’agit en fait d’un des derniers podcasts de « Solange pénètre ta vie intime« , une émission radiophonique diffusé sur le Mouv’, remanié à ma sauce.

Sur le principe, je suis une grande fan de cette émission, Solange va à la rencontre de femme pour leur donner la parole (parole qui est trop souvent rare dans les médias) avec une liberté de ton qui fait du bien à écouter. Sauf… Cette émission du 12/02/2014.

Dans ce podcast, nous retrouvons Rose qui dit qu’elle aimerait « tenter avec des meufs ».

C’est problématique car nous sommes en pleine exotisation et cela fonctionne aussi avec d’autres minorités (spéciale dédicace à toi Didier Lestrade, on te voit sur ton Tumblr) :

« L’exotisme n’est pas le propre d’un lieu ou d’un objet mais d’un point de vue et d’un discours sur ceux-ci. L’article analyse l’exotisation comme un processus de construction géographique de l’altérité propre à l’Occident colonial, qui montre une fascination condescendante pour certains ailleurs, déterminés essentiellement par l’histoire de la colonisation et des représentations. L’exotisation passe par une mise en scène de l’Autre, réduit au rang d’objet de spectacle et de marchandise – mais quelques pistes se présentent pour le dés-exotiser et lui rendre son statut d’alter ego.« 

(J’en vois déjà monter aux créneaux pour me dire que l’on a le droit d’avoir des fetishs. Okay, mais posez-vous la question de savoir d’où viennent ces fetish intrinsèquement raciste quand vous materez pour la 300eme fois une vidéo porn de Cité Beur)

Par cette exotisation, Rose fait ici preuve de lesbophobie et de misogynie intériorisée.
Et ça ne serait pas un probléme (enfin si, quand même) si je n’avais pas retrouvé ces paroles dans la bouche de plusieurs femmes cis-hétéra au cours de ma vie. Je vais essayer de décrire ce discours via ce témoignage.

En quoi est-ce de la lesbophobie ?

Les lesbiennes (et les biEs) sont ici reléguées à des objets que l’on pourrait « tester » comme bon nous semble.
Ici, on s’imagine ce que pourrait être leur sexualité avec les pires préjugés:

– « Une femme sait comment fonctionne le corps d’une autre femme »
Faux. Ce n’est pas parce que tu es bigoudou (copyright Prose) que tu sais comme par magie où se trouve le clitoris.
Et même si tu le sais, il y a mille et un moyens de prendre son pied autrement.
Comme mille et une raisons qui peuvent faire que tu ne te trouves pas en osmose sexuelle avec ta partenaire. Ça s’appelle la vie.

– « Les bigoudous seront à ma disposition si j’ai envie de tester »
Je crois que comme la plupart des mecs cis-hétéro, tu t’es cru dans un porno (coucou Kechiche).
Avec ces bies-lesbiennes fraîches et disponibles pour ton bon plaisir.

Hé bien, non, les queers* ne sont pas à ta disposition. Si t’as envie de prendre ton pied /découvrir ton corps, tu t’achètes un vibro.

– « Ça sent le cul dans les bars LGBTIQ »
Quelle perspicacité. Cette histoire me fait penser à une de mes interventions en milieu scolaire où un gars nous disait que des gays ont voulu le pécho et n’ont pas respecté son consentement en lui mettant des mains aux culs…
Tout ça pour nous avouer 10 minutes après qu’il était dans un bar gay.

Scoop du jour: Oui, les queers ont des lieux de dragues avec leurs propres codes (même si on est d’accord, y’a beaucoup de travail à faire en ce qui concerne le consentement) dans lesquelles ielles se draguent et espèrent rencontrer quelqu’unE pour une nuit, voir plus.
Autre breaking news: Les lesbiennes ont une sexualité et ont aussi envie de baiser (et pas juste envie de se toucher les genoux).

Donc si t’es hétéro et que tu rentres dans un lieu LGBTIQ, attends toi à te faire aborder. Parce que ces endroits communautaires sont les nôtres et ils sont trop rares. Ils nous aident à sociabiliser et à rencontrer d’autres personnes, sans qu’on se prenne la tête à chercher si ielle est non-disponible parce que peut-être hétéro (soit 90% du temps que nous passons à Hétéroland).
Si ça te choque, rien ne t’oblige à passer l’entrée.

– « Je n’aime pas les névroses féminines »
Voilà pour le point misogynie intériorisée, typique de la meuf qui n’aime pas les autres meufs.

– « La confrontation des deux types de caractères »
Le Djendeur a encore frappé et la vision du monde binaire aussi.

– « Fondamentalement, je suis complétement hétéro mais sexuellement ça m’interroge« .
Okay, c’est bien de se poser des questions et de se demander si on est hétérosexuelLE par défaut mais faut juste se rappeler que les bigoudous que t’aurais envie de « tester » juste pour « le fun » sont des êtres humains.
Ce qui implique qu’elles ont des sentiments, qu’elle pourrait s’attacher (ou pas hein… ça n’empêche de montrer un peu de respect)

En bref, ce témoignage me met en colère car j’en ai connu des hétéras qui voulaient relationner avec moi en prenant ça à la légère et sans en assumer les conséquences. Parce que c’est facile pour vous, de retourner à votre petite vie tranquille d’hétéra sans jamais avoir à subir le placard. Parce que nous ne seront pour vous qu’une anecdote à raconter à vos potes. Parce que vous nous voyez comme les pions d’un jeu où vous serez les seules gagnantes.

*(J’utilise « queer » ici pour ne pas utiliser non-hétéro, j’ai conscience que beaucoup de LGBTI ne se retrouve pas dans ce terme pour différentes raisons)

Quitte à galérer ici, je m’en vais galérer ailleurs.

Attention, je vais raconter ma vie.


Voilà, j’ai encore déménagé. Comme si il m’était impossible de rester plus de deux ans au même endroit. Je navigue entre angoisse et hâte de découvrir ce que cette ville a à m’offrir.
Angoisse parce que l’argent manque. Il manque même depuis plusieurs années maintenant.
Il y a un mois, j’ai finalement retiré ma plainte contre le paternel. Il a joué sur les mots, il s’est comporté comme un connard, il a gagné. Pas grave, j’ai enfin le R.S.A. Petite aide qui m’a permis de partir vers un endroit où je trouverais peut-être ma place (ou au moins, je l’espère, un salaire régulier qui me permettra de sortir de la galère). Je respire à l’idée de pouvoir envoyer un peu d’argent à ma mère. Je suis heureuse à l’idée de pouvoir enfin payer un petit resto à ma compagne. C’est bête mais pour le première fois depuis longtemps, je me sens un peu plus indépendante.
J’angoisse car cette ville n’a pas une échelle humaine. Trop grande, trop de gens, trop de regards.
Il a trois jours, j’ai tenté de prendre un autre chemin pour rentrer dans mon nouveau chez moi. Je me suis perdue pendant une vingtaine de minutes.
Il y a aussi tous les soucis administratifs liés au déménagement. Ça me rend dingue. A croire qu’il ne suffit pas de prendre de bonnes résolutions pour que Karma décide d’en faire de même. J’ai souvent l’envie de ne pas me lever juste pour éviter de voir les refus pour des boulots dans ma boîte mail. J’ai toujours eu du mal à vivre l’échec.
Sinon, je commence 2014 avec plus d’entrain, plus végétarienne que jamais (grâce à Choupi qui me cuisine des plats proche de la perfection). J’ai un peu moins de colère dans les tripes et je ressens le besoin de parler de choses légères. Dans le même temps, je m’en veux de décrocher un peu du militantisme, y’en a qui n’ont pas cette chance. J’reste qu’une meuf cis, le cul bien assis sur ses privilèges.

Promis, je me reprends bientôt.
2014-01-06-153400

Pourquoi je n’irai pas voir la Vie d’Adèle.

J’aurais pu intituler cet article : « Pourquoi je ne filerai pas un kopeck à ce blaireau » ou encore « Pourquoi vous me cassez les miches avec ce film de merde ». Mais ça n’aurais pas été assez politiquement correct.

Premièrement, je n’irais pas voir ce film à cause des conditions de tournage.
On en a parlé et reparlé. Et je fais partie de ces gens qui ont eu des infos de premières mains puisque j’ai des potes qui ont participé au tournage de ce film, en tant que figurants., puisque Kechiche a contacté mon centre LGBT pour les trouver.
Ce ne sont pas des anecdotes qui rajoute du piment autour du film. Ce sont des éléments graves.
Kechiche a prouvé mille fois qu’il était un réalisateur problématique, voir un connard de la pire espèce:

http://marv.les-forums.com/topic/968/pourquoi-je-deteste-abdellatif-kechiche-vol-2/

Donc non, je n’irais pas voir ce film parce que j’ai des principes.
Si vous arrivez à dealer avec votre conscience en séparant l’homme et l’artiste, en oubliant que des personnes ont été exploitées… Moi pas.

Je suis de ces personnes qui n’écoute plus aucune chanson de Cantat depuis la mort de Marie Trintignant. Parce que je ne peux pas soutenir ou financer ce genre de types. Parce que les artistes n’ont pas deux cerveaux ou une double personnalité, parce que leur vision artistique ne sort pas d’un gâteau surprise et qu’elle n’excuse rien.

Si c’est le cas, je me lance dans une carrière d’accordéoniste « mais siii je peux te traiter comme une merde, je suis une artiiiste« .

Parce que je pourrais oublier, pardonner, si des responsabilités étaient prises.
Quand Kechiche s’est-il excusé ? Est-ce que ses techniciens ont-il été payés ? Est-ce que Seydoux s’est excusée pour ses propos lesbophobes ? Non, non et non. A la place, on leur file une Palme d’Or. Conneries.

Mais ça, c’était le premier point.
L’autre raison pour laquelle je n’irais pas voir le film de Kechiche est une raison politique (je veux dire encore plus politique que de refuser de récompenser une crevure).

C’est le titre de mon blog : ma vie privée est toujours politique.
(à relire : l’article de Koala: http://chosesaleatoires.wordpress.com/2013/07/22/nos-identites-sont-politiques/ )

J’ai rajouté le « toujours » parce qu’on a tendance à l’oublier. On a tendance à croire que puisque la loi du « mariage pour tous » est passé (pour tous, sauf pour les couples binationaux), tout ira mieux dans le meilleur des mondes. Faux.
La loi du mariage a juste réglé un probléme d’homophobie institutionnelle, mais n’a pas réduit à néant les LGBTphobies de nos sociétés.

Pour ça, c’est un travail de longue haleine qui attend les BiTransPédéGouines chaque jour.
Et ce travail passe aussi par la représentation de nos existences dans les médias.

Je citerai ici l’excellent Marguerin :
Représentation et perception sont des phénomènes dynamiques : si les ados de mon anecdotes ont représenté un noir comme un primitif, c’est qu’ils perçoivent les noirs comme tels. Et s’ils les perçoivent comme tels, c’est que les noirs sont globalement représentés comme des primitifs au sein de notre culture. Encore une fois, tout cela ne pourraient être qu’une question d’images, « le petit monde abstrait des images », tout ça : mais la perception que nous avons des autres déterminent la façon dont nous les traitons (Dyer). La question n’est pas purement iconographique : elle est pratique, parfaitement concrète, comme peut l’être un refus de location d’appart, une discrimination à l’embauche, un contrôle au faciès, une insulte dans les transports en commun, ou bien, résumons-le ainsi : un regard, des regard, une multitude.

J’ai fait mon coming-in (coming-out à soi-même) à une époque (y’a 12ans) où je n’avais absolument aucun modèle de lesbienne autour de moi (Janis Bing en parle d’ailleurs très bien ). Et quand je dis « aucun modèle » c’est AUCUN.

J’ai appris l’existence des lesbiennes via les films érotiques de M6 le dimanche soir. Je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point ça craint de devoir à 14 ans, regarder des films érotiques dans le dos de ses parents pour savoir « comment on fait entre meufs? ».
Bien sûr, ce n’était pas réaliste mais…. C’était déjà ça.

Puis les médias ont un peu évolué. Il y a eu Xena, Original Cindy, Willow.
T.A.T.U, qui même si le groupe s’est révélé être un faux couple, avaient un message super positif et plein d’empowerment

Je guettais les images du clip de P!nk pour apercevoir un baiser.

Aujourd’hui, on a The Fosters, Grey’s Anatomy où parmi les personnages PRINCIPAUX, il y a des couples de lesbiennes.
Aujourd’hui, on a Ellen Degeneres, Portia de Rossi, Tegan and Sara, Raven-Symoné, Leisha Hailey, Kate Moennig, Rosie O’Donnell, Clea Duvall, Jodie Foster, Krystle Warren ….

Et en France… ? Je peux t’en citer 4 de tête : Virginie Despentes, Soko, Juliette Nourredine et Muriel Robin. Chouette.

Encore que j’ai énormément de respect pour les deux premières. Soko parce qu’elle a toujours assumé sa bisexualité.
Et Despentes parce qu’elle a réalisé « Bye Bye Blondie » en 2010. Et si la réalisation ne casse pas trois pattes à un canard, on peut affirmer que le scénario et la mise en scène sont sincères. Tout cela produit avec des moyens limités et des acteurs-actrices dont on sent que le tournage a été un plaisir pour eux-elles.

Bye Bye Blondie a mis plus d’un an à être diffusé (faute de financement pour finaliser le montage) et n’est sorti que dans quelques salles en France, n’attirant que très peu le regard des médias.

Ce que je vous raconte là s’est passé, il y a deux ans. Deux ans sans films représentant un couple de lesbiennes à l’écran (en tant que personnages principaux). DEUX FOUTUS ANNÉES.

Et aujourd’hui, on a « la Vie d’Adèle ».
Qui fait grand bruit parce que présenté comme une histoire d’amour « universelle ».
Ce qui ne devait pas être le cas de « Bye Bye Blondie ». Despentes étant gouine, son film devait être communautariste.

Excusez-moi de trouver que ce n’est pas un hasard si on parle plus de « la Vie d’Adèle » film d’hétéros, réalisé par des hétéros et désolé si ça vous vexe, mais aussi pour des hétéros.

Preuve en est cette fameuse scène de cul qui fait tant parler.
Oui, causons un peu du tribadisme. Le tribadisme est une position sexuelle lesbienne. Une parmi tant d’autres. Et je n’ai absolument rien contre les personnes qui la pratique. Personnellement, je trouve que c’est beaucoup d’efforts pour peu de résultat. Mais soit.

Maintenant, je vous demande de vous remettre dans la peau de vous quand vous aviez 16-17 ans.
De vous souvenir de votre première fois. De la peur, de l’appréhension de mal faire, mais aussi de l’excitation et parfois même de la passion.

Sii vous êtes hétéros, est-ce que vous vous êtes souvenu faire ce genre de position lors de votre première fois?
kama sutra

Beh c’est un peu ce que m’évoque le tribadisme. C’est acrobatique et un peu ridicule.

Et quand j’ai couché avec une fille la première fois, ce n’est absolument pas le genre de position que j’avais envie d’expérimenter.
J’avais déjà peur de faire un cunnilingus.

Maintenant, osez me dire que choisir de montrer le tribadisme, c’est réaliste. Que c’est censé être représentatif de la sexualité des lesbiennes et des bies. Je n’ose même pas me mettre dans la peau d’une bébé gouine ou bie de 17 ans qui verrait ce film.

L’autre problématique dans la représentation des lesbiennes et des bies dans ce film, c’est d’avoir totalement effacé l’idée du placard.
La BD de Julie Maroh est une œuvre qui m’a bouleversée car elle m’a rappelé mes peurs adolescentes. Faire mon coming-out à ma mère avec le risque de me faire virer de chez moi.

Dans la BD, c’est d’ailleurs ce qu’il se passe. (Ici, je vais réutiliser les noms du film, mais dans la BD, Adèle s’appelle Clémentine).
Dans la BD, on sait qu’Adèle va mourir dès le début, ce n’est pas un spoiler, l’histoire commence comme ça.
La question est pourquoi ?
Une des réponses est qu’Adèle meurt à cause de l’homophobie intériorisée. Car elle n’a jamais pu faire face à son homosexualité au point de se bourrer de médocs. Parce que Emma était politisée, fière et qu’elle n’a jamais pu la suivre sur ce terrain là.
Elle trompe Emma, non pas à cause « de la fin de la passion amoureuse » (comme j’ai pu le lire dans une interview de Kechiche), mais parce que comme beaucoup de LGBT, on a tendance à penser que c’est plus simple de rentrer dans la norme hétérosexuelle.

Et toutes ces situations ne sont pas que belles de par leur tristesse mais ce sont aussi des messages politiques forts. L’homophobie des autres nous tue, mais aussi l’homophobie qu’on a intégré au plus profond de nous.

Donc non, faire un film sur des lesbiennes en oubliant totalement cet aspect n’est pas acceptable. Filmer des insultes homophobes dans une cours de recré sans filmer les conséquences que ça peut avoir sur la confiance en soi et le bien être de l’héroïne, ce n’est pas acceptable.

Surtout quand on prétend filmer la réalité.
Ma réalité et celles de mes copines, c’est d’hésiter à tenir la main de sa meuf dans la rue. Surtout après ces mois d’homophobie exacerbée par les partisans de la Manif Pour Tous.

Je l’ai dis sur Twitter, je le redis ici : si j’avais un film toutes les semaines qui racontait des histoires de lesbiennes, de bies, de trans*, de gays, ça me passerait au dessus. A la rigueur, un tous les deux mois.
Mais pour conforter Christine Boutin, nous ne sommes malheureusement pas envahis de gays.

Il y a deux ans, il y a eu Bye Bye Blondie, aujourd’hui « La Vie d’Adéle » et je devrais patienter encore deux ans, voire plus, pour espérer un nouveau film qui tentera de me représenter à l’écran.

Cette occasion là a été gâchée. Or je vis dans un monde où je ne peux pas laisser gâcher le peu de visibilité qui m’est accordé par un connard misogyne et mégalo. Au final, Kechiche n’aura eu qu’une seule parole censée durant la promotion : ce film n’aurait jamais dû sortir.

Les critiques des potes:
. « Un bleu bien fade » par Laeticia et Marie: http://chosesaleatoires.wordpress.com/2013/05/31/un-bleu-bien-fade/
. « La vie d’Adèle – La Mort d’Adèle » par Marquise: http://lecerebro.leetchee.fr/la-vie-dadele-la-mort-dadele/
. « La mort d’Adèle » par Mawy: http://koudavbine.blogspot.fr/2013/10/la-mort-dadele.html
. « Pourquoi nous n’avons presque pas aimés ce film » par Caro et Dark My: http://caro.yagg.com/2013/10/10/la-vie-dadele-ou-pourquoi-nous-navons-presque-pas-aime-ce-film/

A lire aussi, la critique du Docteur Marv: « La Vie d’Adèle, chapitres 1 et 2 (Abdellatif Kechiche) »
http://marv.les-forums.com/topic/985/la-vie-d-adele-chapitres-1-et-2-abdellatif-kechi/

Je rajoute la critique de Gwen Fauchois:
« Adèle bleu sec : lesbiennes en mode mineur »
http://gwenfauchois.blogspot.fr/2013/10/adele-bleu-sec-lesbiennes-en-mode-mineur.html

Le coup de gueule de Marie-Hélène Bourcier:
https://soundcloud.com/marie-helene-bourcier/chronique-mh-bourcier-la-vie

Fluctuanet: « La vie d’Adèle, qu’en pensent les lesbiennes? »
http://fluctuat.premiere.fr/Cinema/News/La-Vie-d-Adele-qu-en-pensent-les-lesbiennes-3870017

Finissons sur cette merveilleuse vidéo de Supervener:

 

De la réalité du placard.

Cela fait maintenant quelques années que j’essaye d’écrire cet article. Trois ans exactement. Sans doute le temps qu’il m’a fallu pour digérer cette violence qui m’a rongé le cœur. Je ne sais pas par où commencer et je ne saurais sûrement pas écrire une conclusion digne de ce nom, mais il faut que j’en parle. C’est un peu de ma vie que je vais raconter là, mais le privé est politique, n’est-ce pas?

Il faut que je parle de cet endroit que les hétéros ne connaîtront jamais. Il faut que je parle du placard.

L’excellent «Homographies» de Ricardo Lllamas et Francisco Javier Vidarte (disponible ici ) résume le placard à ceci:

«Le placard est à proprement parler une stratégie, une institution de répression, de persécution, de contrôle, d’invisibilité et d’injonction au silence; il est pensé pour nous effacer de la société en nous privant de la parole et de l’accès à la vie publique. Nous sommes là, ils n’y peuvent rien; mais quand ils parviennent à caser le plus grand nombre d’entre nous dans le placard, ils ont au moins la garantie que nous ne ferons pas de bruit, que nous serons invisibles et qu’au bout du compte, ce sera comme si l’homosexualité n’existait pas, ou comme si elle était marginale, méprisable, indigne de la plus petite considération.».

Je pourrais aussi vous renvoyer à l’article de Janis Bing : « On a tous grandi à Hétéroland ».

Personnellement, je n’ai pas vraiment vécu le placard. Je me suis assumé très tôt, vers l’âge de 15 ans. Et j’ai toujours eu cette aisance, déconcertante pour des hétéros, de parler de mes aventures avec des femmes. J’ai toujours vu ça comme un excellent moyen de faire le tri dans mes relations.

Puis j’ai rencontré cette meuf. S’en est suivi un an de larmes et de disputes. Un an à être reléguée à une parenthèse.

Le placard, ça se résumait à ne pas se montrer dans l’espace public (voir privé) en tant que couple.
Ne pas se donner la main dans l’obscurité d’un cinéma. Le placard, c’est être l’amante qui devient la vague cousine d’une copine de fac devant ses amiEs. Le placard, c’est attendre des déclarations d’amour qui ne viendront jamais. Le placard, c’est l’entendre dire qu’elle est hétéro après que vous ayez passé votre week-end à baiser.

Le plus difficile quand tu es out et pas la personne qui partage ta vie, c’est de ne pas avoir le droit de lui en vouloir.
Tu ne peux pas la forcer à sortir de là. Tu as conscience qu’à l’extérieur des quatre murs de ta chambre, ce monde peut être dangereux.
Tu ne peux pas mentir en lui disant que c’est fabuleux de gambader follement à Hétéroland.  Simplement car tu les connais ces personnes qui ont été viréEs de chez elles, reniéEs par leur « famille » et « amiEs ». Tu connais la détresse, tu as vu la violence, tu as subis les « sale gouine » dans la rue et les regards inquisiteurs.

Comment lui en vouloir ? Comment lui demander d’en sortir ? D’être courageuse?
Tu ne peux pas et il est là, le poison. Tu ressens la honte. Tu subis l’homophobie intériorisée, la sensation d’être nié dans ta propre existence, sans avoir ton mot à dire. Moi, je suis devenu amer et j’ai été blessée dans mon amour.

J’en voudrais toujours à Hétéroland de m’avoir brisé comme il l’a fait.

A vrai dire, j’irais plus loin que « Homographies », car pour moi, le placard est une arme de destruction massive. Une arme qui n’a pas fait que détruire ma relation, ma confiance en moi, mon droit au bonheur. Elle pousse aussi des jeunes queers à se trancher les veines.

Aujourd’hui, j’en ai encore des séquelles et je me suis radicalisée. Mais comment ne pas devenir radicale quand une norme toxique t’empêche de t’épanouir dans tes relations amoureuses et sexuelles ?

Comment ne pas être colère quand ce placard veut juste que tu crèves?


Because I’m queer. I’m gay. I’m homosexual. I’m a poof, I’m a poofter, I’m a ponce. I’m a bumboy, baddieboy, backside artist, bugger. I’m bent. I am that arsebandit. I lift those shirts. I’m a faggot-ass, fudge-packing, shit-stabbing uphill gardener. I dine at the downstairs restaurant, I dance at the other end of the ballroom. I’m Moses and the parting of the red cheeks. I fuck and I am fucked. I suck and I am sucked. I rim them and wank them, and every single man’s had the fucking time of his life. And I am not a pervert.

« En sortir » par Scolastik

La peur te prend parfois quand tu marches dans la rue. Sortie de nulle part, tu ne l’as pas entendu venir, comme tu ne la verras sans doute pas partir. Juste, elle est là, et toi tu ne peux que composer autour. Quelque fois c’est juste ce sentiment diffus. Simplement tu la sens, tu ne peux pas dire pourquoi, ni comment. Tu transpires, tes poings sont serrés. Ton cerveau est maintenant activement occupé à t’empêcher de tomber plus bas. « Tu ne crains rien, tu es dans un endroit connu, les gens ont l’air sympathiques, tu ne crains rien, on est en plein jour, pense à ta soirée d’hier, tu es dans ton quartier, cette personne est en train de te sourire. » Souvent tu arrives à te calmer, parfois au prix de ton humeur, tu te mets en colère, contre toi même, ou contre un passant, contre la vitrine dégueulasse d’un magasin, ou le gros titre d’un journal quelconque ou tu pleures silencieusement, pendant des heures. Mais tu n’as plus peur. L’impression tenace de ta disparition toute proche s’est un peu atténuée. Tu souffles.

Quelque fois c’est une attaque si brusque et si soudaine que sa violence te laisse sur le carreau. En quelques secondes tu te retrouves hors-jeu. Tu vois, tu entends ce qui se passe autour de toi, mais tu n’es plus là.Ton cœur va trop vite, tu ne penses plus, tu es juste cette boule de peur qui tourne sur elle même. Tu ne comprends même plus de quoi tu as peur. Tu ne sais plus où tu te trouves ni pourquoi, tu ne sais même plus avec qui tu étais. Tu es ta peur. Indistinctement, sans limite. Les bribes des exercices de relaxation de ton médecin te passe devant les yeux, tu la vois ouvrir la bouche, tu entends « à l’envers. » Et puis tu es dans une rue sombre, tu es dans un autre cabinet médical aux néons faiblards, tu es dans un bar, tu es sur une place, une manif hurlant la haine en face de toi, tu es dans une salle de cours. Les visages se succèdent tu ne peux en retenir aucun. Tu entends tes pleurs, tu ne sais plus que ce sont les tiens. Tu veux seulement que cela s’arrête, tout pour que cela cesse.

Tu penses à tes lames de rasoir. Tu sais qu’elles sont à la poubelle, depuis longtemps, elles ont pourri, fini, décrépi. Un couteau, des ciseaux, une bougie, peu importe, juste avoir assez mal pour revenir maintenant. Manger, trouver une caisse de nourriture, tout avaler, sans mâcher, sans regarder. Te remplir pour te garder ici. Tu ne l’as pas fait depuis longtemps. Tu as arrêté.

Tu es la peur.

Mais tu finis par respirer, tu ne sais pas comment, tu ne sais plus comment, mais tu reviens à toi, petit à petit, l’instant est l’instant, le lieu est ici.

Tu sors moins.

Tu enfermes la peur dans ta chambre, tu fais de ton lit son berceau. Tu gardes les suées de tes cauchemars réguliers. Tu tapes la tête contre les murs. Tu poses mais tu ne sais pas attaquer. Tu attends qu’on te dise comment disparaître.